Die vier Grobiane

Wolf-Ferrari

le 25/03/2020

par Louis Bilodeau

Christina Landshamer (Lucieta), Susanne Bernhard (Marina), Christine Buffle (Felice), Nathalie Flessa (la Femme de chambre), Zoryana Kushpler (Margarita), Markus Francke (Filipeto), Uwe Eikötter (le comte Riccardo), Peter Schöne (Simon), Jürgen Linn (Lunardo), Victor von Halem (Maurizio), Friedemann Röhlig (Cancian), Orchestre de la radio de Munich, dir. Ulf Schirmer (live, 2014).
CPO 555 140-2 (2 CD). Présentation et livret en allemand et en anglais. Distr. DistrArt Musique.

Mieux connue sous son titre italien I quatro rusteghi (Les Quatre Rustres), cette comédie en musique inspirée de Goldoni a pourtant été créée dans une traduction allemande, plus précisément à l'Opéra de cour de Munich, en 1906, sous la direction de Felix Mottl. La version en dialecte vénitien, donnée huit ans plus tard au Teatro Lirico de Milan, sonne certes plus « authentique », mais ces Vier Grobiane donnés en concert au Prinzregententheater de Munich nous emportent dans un tel tourbillon qu'on en oublie vite la question de la langue. Chef particulièrement à l'aise dans le répertoire léger de la première moitié du XXe siècle, comme le prouvent par exemple ses nombreux enregistrements d'opérettes de Franz Lehár (voir Das Fürstenkind ou Schön ist die Welt chez CPO), Ulf Schirmer insuffle un dynamisme extraordinaire à une partition virevoltante où texte et musique sont liés de façon intrinsèque, un peu à la manière de Falstaff de Verdi ou Intermezzo de Richard Strauss. Encore plus que Vasily Petrenko dans le récent coffret Rubicon, le chef allemand soutient le rythme endiablé de la pièce, où les quatre rustauds du titre échouent bien évidemment dans leurs absurdes tentatives de mettre des bâtons dans les roues des amoureux Lucieta et Filipeto, et accomplit des merveilles dans un finale du deuxième acte absolument électrisant.

Outre l'excellence de l'Orchestre de la radio de Munich, Ulf Schirmer dispose d'une distribution en tout point admirable qui se délecte à l'évidence. Espiègle, mutine et d'une grande fraîcheur, Christina Landshamer est une irrésistible Lucieta parfaitement appariée au Filipeto plein de candeur et bien chantant de Markus Francke. Dans le rôle de Margarita, belle-mère de Lucieta, la mezzo Zoryana Kushpler déploie les splendeurs d'un timbre opulent et les ressources infinies de son sens du comique. Tous plus truculents les uns que les autres, les quatre amis mal dégrossis sont interprétés par les barytons Jürgen Linn (impayable en père de Lucieta) et Peter Schöne ainsi que les basses Friedemann Röhlig et Victor von Halem. Du haut de ses 74 ans, ce dernier est tout à fait renversant de santé vocale et de drôlerie en Maurizio, père de Filipeto. Si l'on ajoute que les autres chanteurs évoluent sur les mêmes cimes, il est facile de comprendre pourquoi le public munichois a réservé un accueil triomphal à ce concert mémorable.

 

Louis Bilodeau