Schön ist die Welt

Lehar

le 15/10/2018

par Louis Bilodeau

Elena Moșuc (Elisabeth, Mercedes), Zoran Todorovich (Georg, Sascha), Roland Kandlbinder (le directeur), Isabella Stettner (une dame), Masako Goda (une dame), Andreas Hirtreiter (un homme), Wolfgang Klose (un homme), Orchestre de la radio de Munich, Chœur de la radio bavaroise, dir. Ulf Schirmer (2004).
CPO 777 055-2. Pas de livret.


Un an après avoir révisé La Tunique jaune (1923) pour en faire Le Pays du sourire (1929), Lehár tente la même expérience avec Endlich allein (1914), qui devient Schön ist die Welt. Créée au Metropol-Theater de Berlin en 1930, l'opérette ne réussit jamais à s'imposer au répertoire, malgré la présence de Richard Tauber dans le rôle de Georg. Un seul air jouit d'une relative célébrité, celui que Georg entonne au premier acte et qui donne son titre à l'œuvre. L'action se déroule dans les Alpes suisses, où deux fiancés de la plus haute société doivent faire connaissance : la princesse Elisabeth von und zu Lichtenberg, et Georg, prince couronné d'un royaume non identifié. Ne connaissant pas l'identité de la princesse et cultivant lui-même l'incognito, Georg propose à Elisabeth d'être son guide dans la montagne. L'amour a tôt fait de naître entre les deux jeunes gens, d'autant plus qu'une avalanche les contraint à passer la nuit ensemble. Comme on s'en doute, le dénouement consacre le bonheur des héros.
Des trois actes initiaux de Endlich allein, Lehár n'a pratiquement pas retouché le deuxième, situé dans la montagne. Il s'agit d'un long duo d'une trentaine de minutes que l'on a parfois comparé à celui de Tristan et Isolde. Sans vouloir faire injure au compositeur, avouons qu'on ici est loin des cimes wagnériennes et que le destin de ces personnages n'offre qu'un faible intérêt. La science de l'orchestration et de l'écriture vocale s'avère insuffisante pour compenser une invention mélodique en vérité assez pauvre. Outre l'air « Schön ist die Welt », on retient surtout le tango de Rio de Janeiro au premier acte et la valse virtuose « Ich bin verliebt » qu'Elisabeth chante au troisième acte.
Si le chef Ulf Schirmer accomplit un travail remarquable à la tête de l'Orchestre de la radio de Munich en extrayant tout le suc de la partition, les deux vedettes de l'enregistrement nous offrent un plaisir incomplet. Après Richard Tauber, Rudolf Schock ou Fritz Wunderlich, Zoran Todorovich laisse songeur dans « Schön ist die Welt ». La voix est solide mais manque de charme, de souplesse et d'aisance dans les aigus. Le reste du rôle le trouve heureusement plus à son affaire. Précise et agile dans les vocalises de la valse, la soprano Elena Moșuc est toutefois affligée d'un bien vilain vibrato. Très curieusement, on a confié aux deux chanteurs les rôles secondaires de Mercedes et de Sascha, ce qui, étant donné l'absence de livret, nuit à la compréhension de l'intrigue. En somme, ce disque ne se hisse pas au sommet de la superbe collection Lehár de CPO.

Louis Bilodeau.