Pelléas et Mélisande

Debussy

le 11/05/2022

par Didier van Moere

Vannina Santoni (Mélisande), Julien Behr (Pelléas), Alexandre Duhamel (Golaud), Marie-Ange Todorovitch (Geneviève), Jean Teitgen (Arkel), Damien Pass (Le Médecin), Hadrien Joubert (Yniold), Mathieu Gourlet (Un berger). Les Siècles, Chœur de l’Opéra de Lille, dir. François-Xavier Roth (Opéra de Lille, mars 2021).
Harmonia Mundi. 3 CD. Présentation et livret trilingues (fr., angl., all.) Distr. Harmonia Mundi. 

À Lille comme à Bordeaux, l’enregistrement de Pelléas et Mélisande fait écho à une production du temps de la Covid, ce qui assure une vie qu’on croyait propre au live. François-Xavier Roth dit avoir regardé la partition au fond des yeux, en s’informant historiquement, comme on dit aujourd’hui. Dont acte. Jouait-on cela ainsi, avec cette clarté, ces sonorités nettes, ce côté implacable, loin de tout impressionnisme fin de siècle ? Peut-être. Mais, en l’occurrence, si l’orchestre est flatté par cette lecture analytique, si les intermèdes sont plastiquement magnifiques, manquent les clairs obscurs, le mystère, les ambiances. C’est un peu du Debussy sur papier glacé. Le Boulez londonien, dira-t-on, avait aussi décapé, éclairci. À ceci près qu’il jouait sur les timbres, comme si Pelléas relevait de la Klangfarbenmelodie. On ne se plaindra pas d’entendre de nouveau un Pelléas ténor, mais Julien Behr, plus juvénile, plus lumineux que Stanislas de Barbeyrac, n’a pas son bas médium et son grave. Vannina Santoni en manque aussi, Mélisande très « chantée » qui a de la chair dans la voix et rien de la femme-enfant d’une certaine tradition. On ne refuse pas le plaisir de réentendre Alexandre Duhamel, avec son exemplaire déclamation, plus affinée maintenant, notamment dans la violence, avec un aigu moins mat. Marie-Ange Todorovitch est évidemment plus orthodoxe que Janina Baechle, Jean Teitgen, rien moins qu’archonte chenu, au zénith de sa voix, teinterait presque la noblesse d’Arkel d’une certaine autorité rocailleuse, renouvelant ainsi le personnage. Il est décidément bien difficile de distribuer le petit Yniold.

Didier Van Moere

À lire : notre compte rendu de Pelléas et Mélisande (CD Alpha Classic)