Attila

Verdi

le 11/06/2020

Révérence

par Chantal Cazaux

Ildebrando D’Arcangelo (Attila), Liudmyla Monastyrska (Odabella), Stefano La Colla (Foresto), George Petean (Ezio), Stefan Sbonnik (Uldino), Gabriel Rollinson (Leone), Chœur de la Radio bavaroise, Orchestre de la Radio de Munich, dir. Ivan Repusic (live en concert, Munich 13.X.2019).
BR Klassik 900330. Notice et synopsis all./angl. Distr. Outhere.

Il est des plaisirs rares : à l’amorce de l’écoute d’un nouvel enregistrement, s’exclamer intérieurement « Quel orchestre ! » dès les premières notes d’un prélude, puis « Quel chœur ! » dès sa première phrase, écarquiller des yeux impressionnés devant Attila dès l’entrée de son interprète, connaître la même surprise quand Odabella ouvre la bouche ; trouver le baryton Verdi très baryton et très verdien, le ténor très vocal et très stylé. Voici ce que ce nouvel Attila vous réserve. Il fallait des pointures pour rivaliser avec la version Muti (EMI 1989) réunissant Ramey, Studer, Shicoff et Zancanaro en une référence de choc (et de studio). Voici, en concert (et en prise unique, s’il vous plaît), une nouvelle Révérence – qu’on avouera avoir décernée dès le Prologue écouté, la suite n’étant que confirmation heureuse.

Après Luisa Miller en 2017 et I due Foscari l’année suivante, Ivan Repusic revenait à la tête de phalanges munichoises de toute splendeur : on est emporté par le métal des chœurs, fait d’un alliage qui n’oublie pas la subtilité et la précision, par la rutilance des coloris instrumentaux, éloquents ou délicats, qui recréent, immédiats sous nos yeux et dans nos oreilles, les paysages mentaux dont Verdi a ici le secret (la Tempête et son accalmie, le lamento qui rythme l’air nocturne d’Odabella, le Songe d’Attila). Mâle et mordant, alliant noirceurs profondes et incarnation d’autorité, l’Attila de D’Arcangelo fait oublier Ramey – c’est dire. Un rien plus chenu mais royal de timbre aussi, George Petean est un Ezio à la fois gémellaire et paternel avec Attila, général romain comme dépassé par la pleine jeunesse d’un mythe en marche : leur duo est à cet égard fascinant. Brillance et puissance, agilité et longueur de la tessiture, éclat tragique et apesanteur élégiaque : d’Odabella, l’inchantable Odabella qui croise Norma et Abigaïlle, Liudmyla Monastyrska passe tous les écueils. Un rien de froideur peut-être dans l’incarnation ? Ce serait chipoter. Le ténor de Stefano La Colla sert Foresto avec une probité admirable et des moyens rares : ni nasalité dans le timbre ni aigus arrachés ou médium engorgé, un vrai ténor à sa place, au timbre rond, à l’émission facile et déliée – y compris dans les cabalettes, trop souvent chez d’autres le lieu des aveux époumonés.

C’était le 13 octobre 2019 au Prinzregententheater de Munich. Bienheureux les spectateurs de ce concert, dont l’absence de faiblesse ou d’accroc laisse rêveur devant une telle qualité de distribution et de réalisation. BR Klassik vous en offre le souvenir, dans une prise de son claire et vibrante (belle spatialisation des cuivres et des chœurs dans le finale primo). Invitez donc Attila dans votre salon…

Chantal Cazaux