Luisa Miller

Verdi

le 16/07/2018

par Jean Cabourg

Marina Rebeka (Luisa), Georg Petean (Miller), Corinna Scheurle (Laura), Judit Kutasi (Federica), Ivan Magri (Rodolfo), Bernhardt Schneider (Un paysan), Marko Mimica (Walter), Ante Jerkunica (Wurm), Münchner Rundfunkorchester, Chœur de la Radio bavaroise, dir. Ivan Repusic (live, 2017).CD BR Klassic 900323. Distr. Harmonia Mundi.

Quel dommage ! Alors que le baryton roumain Georg Petean possède tous les atouts d’un Miller vocalement concentré sur son timbre et d’une fière humanité, il se trouve distribué aux côtés de partenaires sous-dimensionnés ou hors de propos. A commencer par la contre-performance de Marina Rebeka. Cette Vitellia diligente, cette Mathilde rossinienne de bon aloi, cette Violetta applaudie à Bastille en dépit des duretés de son timbre nous assène ici un insupportable festival de cocottes métalliques en guise de picchettati. Déjà irritantes au premier acte – propice à l’éclosion de fleurs aiguës sous l’aile d’un amour innocent –, les sonorités acidulées qui perdurent au plus fort du pathétisme final sont encore plus déplacées. La relative dureté reprochée à l’occasion à une Renata Scotto n’est que péché véniel à l’aune de ce qu’il faut subir ici. Sans compter que ladite Scotto se rachetait par sa suprême intelligence de la phrase, du mot et de l’accent, quand l’immaturité de cette Luisa demeure flagrante. Ivan Magri, bien jeune lui aussi pour le meilleur et le moins bon, exhibe tout le soleil de sa Sicile natale avec une imprudente arrogance d’émission. Son air de déploration, le superbe « Quando le sere al placido », précédé d’un recitativo lancé comme un cri de vitrier aux voyelles ouvertes, ne se départ pas d’un décousu fort laid dans le cantabile. On se doute que la rencontre de ces deux ébriétés vocales ne suffit pas à procurer l’ivresse des hauteurs verdiennes. Les deux clés de fa masculines asssurant sans classe particulière, tout comme la Federica dépoitraillée de Judit Kutasi – hier impossible Carmen, ici véristissime dans un opéra par excellence néo-donizettien –, achèvent de gâter le concert. Sans finesses particulières, la direction d’Ivan Repusic comme les chœurs évitent le naufrage total. Oui, Petean méritait mieux !

J.C.