Le Château de Barbe-Bleue

Bartók

le 13/01/2020

par Didier van Moere

John Relyea (Barbe-Bleue), Michelle DeYoung (Judith), Pál Mácsai (Récitant), Orchestre philharmonique de Bergen, dir. Edward Gardner (Bergen, Grieghallen, nov. 2018).
Chandos CHSA 5237. Présentation trilingue (angl., all., fr.). Livret bilingue (hongrois, angl.). Distr. Harmonia Mundi.

 

Une version de chef, comme la précédente, celle d’Esa-Pekka Salonen. Certes Michelle DeYoung, déjà Judith chez le Finlandais, a approfondi son personnage, curieuse, exaltée, puis défaite, non sans sensualité parfois. Mais la voix est fatiguée, manque de stabilité, a l’aigu laborieux. Dans une discographie riche, nous avons beaucoup mieux. John Relyea satisfait davantage : voix superbe, avec les graves du rôle, tessiture homogène, pour un Barbe-Bleue grand seigneur et pas si méchant homme, inquiet et inquiétant, moins fragile que pour Krzysztof Warlikowski à Garnier. Mais c’est la direction d’Edward Gardner qu’on retient surtout ici. Habitué à la fosse, il entretient une tension constante, souvent anxiogène, qu’éludait un peu Salonen, sachant aussi s’abandonner à la luxuriance capiteuse de certains passages – l’orchestre halète avant la septième porte, s’irise voluptueusement au jardin. Au fond, le chef anglais situe le Château à sa juste place : au carrefour d’un post-romantisme généreux et d’une modernité plus authentiquement « bartokienne », que révélera Le Mandarin merveilleux. Entre Strauss et Berg, au fond, alors que ses collègues, souvent, privilégiaient une dimension – Sawallisch et le premier Boulez, ainsi, étaient à l’opposé l’un de l’autre. Et la pâte sonore, entre rondeur et âpreté, est splendide, le travail sur les textures et les détails aussi. Le Prologue récité a été conservé.


Didier van Moere