Halka

Moniuszko

le 02/08/2019

par Didier van Moere

Tina Gorina (Halka), Monika Ledzion-Porczyńska (Zofia/Sofia), Matheus Pompeu (Jontek), Robert Gierlach (Janusz/Gianni), Rafał Siwek (le Sénéchal/Alberto), Karol Kozłowski (un Montagnard). Chœur de l’Opéra et de la Philharmonie de Podlachie, Europa Galante, dir. Fabio Biondi (21-24 août 2018, répétitions et concert).
Institut Chopin NIFCCD 082-083 (2 CD). Notices en polonais et en anglais, synopsis en polonais, anglais et italien, livret en italien, polonais et anglais. Distr. Institut Chopin.


En juin, pour le bicentenaire de la naissance de Moniuszko, l’Opéra de Varsovie ressuscitait la première version de Halka, présentée à Vilnius. En août dernier, le festival « Chopin et son Europe » donnait la seconde, créée à Varsovie le 1er janvier 1858. C’est celle que l’on connaît le mieux aujourd’hui, en quatre actes au lieu de deux, plus « polonaise » avec sa célèbre Mazurka du premier acte et ses Danses montagnardes du troisième, symboles d’une Pologne qui, même rayée de la carte de l’Europe depuis bientôt un siècle, n’avait pas perdu son âme.

Pour Moniuszko, jusque-là auteur d’œuvres lyriques brèves, un triomphe… et la direction de l’Opéra. Tout le monde connaissait désormais l’histoire de la pauvre montagnarde séduite et abandonnée par un noble qui épouse sa fiancée en grande pompe après son suicide : seule, ne pouvant nourrir l’enfant du péché, elle se jette dans la rivière.  De Vilnius à Varsovie, le Sénéchal, le montagnard Jontek, ténor et non plus baryton, Halka elle-même avaient gagné un air.

Cet album constitue une double nouveauté : Fabio Biondi dirige sur les instruments d’époque de son Europa galante et il a choisi la traduction italienne, qui figurait déjà dans la deuxième édition de la partition piano et chant de 1858 – et qu’ont reprise au siècle suivant les Éditions polonaises de musique. Cela rapproche évidemment Halka du semiseria donizettien, quitte à créer parfois une impression d’exotisme lorsque la musique est typiquement polonaise – l’air du Sénéchal par exemple. De toute façon, l’opéra italien, comme l’opéra français, a marqué Moniuszko qui, à sa façon, est aussi un néo-belcantiste. Et Halka ne sombre-t-elle pas dans la folie, comme tant d’héroïnes malheureuses de Bellini ou Donizetti ?

La distribution tient bien la route, mais l’émouvante Halka de Tina Gorina accuse un timbre acide et un vibrato prononcé, reproche que pourrait aussi encourir Monika Ledzion-Porczyńska en Zofia : on attend ici, à tout point de vue, une Lucia di Lammermoor. Encore un peu vert, Mathias Pompeu possède toute la générosité de Jontek, si sincèrement épris de la désespérée, avec des aigus assez droits. Son rival est bien campé par le solide Robert Gierlach, Janusz plus cynique que tourmenté, futur gendre de l’imposant Sénéchal de Rafał Siwek.

Le chœur joue un grand rôle – la musique chorale de Moniuszko, dont le chant nuptial du quatrième acte donne une idée, est magnifique -  et celui de Białystok s’acquitte bien de sa tâche. La direction de Fabio Biondi suscite plus de scepticisme. Les instruments d’époque ont beau donner une saveur différente, certes plus authentique, à l’orchestre, les équilibres entre les pupitres laissent parfois à désirer – les cordes en pâtissent. Si l’ensemble ne manque pas d’atmosphères, si les finales témoignent d’un sens certain du théâtre, les pages polonaises sont loin d’être très réussies, à commencer par une Mazurka du premier acte bruyante et désordonnée – pour un tel opéra, c’est plutôt gênant... Le chef a maintenu les coupures d’usages, ce qui nous prive notamment du duo entre Halka et Jontek au quatrième acte. Bref, une démarche intéressante, mais trop inaboutie : pas de quoi supplanter les versions polonaises de Walerian Bierdiajew, Jerzy Semkow, Robert Satanowski ou Ewa Michnik, dont chacune a ses mérites – et n’oublions pas Kirill Kondrachine en russe, même très abrégé...

Didier van Moere