Monica Piccinini (Venere), Carlotta Colombo (Arianna), Marianne Beate Kielland (Teti), Rafał Tomkiewicz (Bacco), Meili Li (Peleo), Arnold Schoenberg Choir, Zefiro baroque Orchestra, dir. Alfredo Bernardini.
Arcana A 548 (1 CD). 2022. 1h09. Notice en anglais. Distr. Outhere.
 
Le Festival Fux in Styriarte de Graz s’était donné pour objectif de ressusciter, entre 2018 et 2023, six des ouvrages majeurs de Johann Joseph Fux (1660-1741), presque tous composés sur des livrets de Pietro Pariati et tenant le milieu entre opéra et sérénade. Cette programmation nous a déjà valu la parution d’une charmante Dafne in lauro chez le même éditeur. Hélas, entretemps, le Covid et ses restrictions sont passés par là : le somptueux projet a dû être édulcoré, certaines œuvres ont été déboutées et d’autres données en version (très) réduite.
 
Tel est le cas de cette Corona d’Arianna (1726), que Mathis Huber, auteur de la notice et initiateur du projet, présente bien maladroitement comme « la plus longue et la plus élaborée des sérénades de Fux » – alors que nous n’en pouvons goûter que moins de la moitié (ce que, bien entendu, le boitier se garde d’annoncer) ! On ne perd pas grand-chose en termes de théâtre, l’aimable Pariati étant réputé pour son incapacité à créer une véritable tension dramatique. Ici, elle se limite à faire attendre l’avènement de deux couples : celui d’Ariane (abandonnée par Thésée) et de Bacchus, coïncidant avec celui de Thétis et Pélée (les parents d’Achille). Côté musique, les coupes sont plus gênantes, les chœurs se voyant privilégiés au détriment des récits (très abrégés !) et des airs (dont quelques da capo disparaissent). On a même supprimé deux rôles entiers, dont l’un pourtant écrit pour le célèbre ténor Francesco Borosini (premier Bajazet de Haendel) et l’autre pour la non moins fameuse basse Christoph Praun.
 
Ne restent donc en lice que deux sopranos et trois altos – plutôt bien chantants, même si l’émission enrhumée (pharyngée) du contre-ténor Meili Li n’est guère plaisante. L’autre contre-ténor, Rafał Tomkiewicz, affiche au contraire un timbre des plus chaleureux (notamment dans le beau duo « Non merta un traditor » et dans l’air final avec trompette) et la contralto Marianne Beate Kielland une belle autorité. En prima donna, Monica Piccinini fait valoir une voix aux couleurs printanières mais parfois entachée d’air, notamment dans sa dernière aria.
 
Sans doute faut-il en incriminer la prise « sur le vif », réalisée lors de trois soirées dont la qualité semble ne pas avoir été égale : ainsi, l’Arnold Schoenberg Choir fait-il alterner moments réussis (la page finale, aux harmonies raffinées, et le fracassant chœur des Tritons, avec son imitation des conques marines) avec d’autres moins convaincants. On en dira de même du joli ensemble Zefiro, aux effectifs un peu légers, dont les clarini agressent parfois l’oreille tandis que les hautbois (jouant la plupart du temps colla parte) sont peu audibles et dont le continuo réalise des cadences discutables.

Tous ces petits défauts sont à mettre sur le compte d’une réalisation « à l’économie », dont on espère qu’elle n’affectera pas l’enregistrement du dernier ouvrage prévu par le festival, le célèbre Costanza e fortezza...
 

O.R