Marry Me A Little

Sondheim

le 30/01/2019

Studio Marigny

par Chantal Cazaux


Damian Thantrey (Lui) et Kimy McLaren (Elle)


Conçu en 1980 par Craig Lucas et Norman René, Marry Me A Little est un « musical de poche » pour deux chanteurs et un pianiste, réunissant 18 chansons de Stephen Sondheim initialement destinées à d’autres ouvrages mais finalement reléguées dans les tiroirs du compositeur. Sans aucun dialogue parlé, le scénario imagine le voisinage de deux célibataires dans un immeuble new-yorkais, chacun rêvant à ses amours passées ou manquées, et joue de leur impossible rencontre. Occasion de redécouvrir, s’il était nécessaire, l’incroyable sophistication de Sondheim, tant dans ses lyrics (paroles des chansons) que dans ses musiques, sa patte protéiforme qui peut passer du drame amer à l’humour acidulé, Marry Me A Little réussit à rendre cohérente une partition kaléidoscopique et à tendre un fil poétique entre ses deux personnages : les juxtapositions de chansons, par contraste ou par écho (et parfois partagées en duo), sont judicieuses et tissent peu à peu une trame polyphonique touchante.

La production présentée au Studio Marigny est parfaite pour découvrir ce musical à ce jour inédit en France. La taille du Studio est idéale – et aurait dû permettre d’éviter la sonorisation des chanteurs, décidément incontournable aujourd’hui même lorsqu’elle est inutile et peut, comme ici dans un cadre doublement intimiste (celui de la salle et celui d’une intrigue minimaliste en huis clos), casser ce supplément d’émotion directe que seule la voix naturelle peut contenir. Kimy McLaren (Elle), timbre lumineux dont la légère fragilité sert au demeurant son personnage, et Damian Thantrey (Lui), projection plus sonore et lyrisme plus imposant, sont parfaitement mis en scène par Mirabelle Ordinaire (qui relève le défi d’un décor aux cloisons et étages virtuels et y crée une circulation fantasmatique aussi drôle que convaincante) et en musique, avec le piano joueur de Charlotte Gauthier. Décor inventif et ludique de Philippine Ordinaire, lumières soignées de Nathalie Perrier, chorégraphie sur mesure d’Emma Kate Nelson : musical de poche, mais réalisation de maître !

Plus de 25 représentations jusqu’au 24 février : courez…

Chantal Cazaux

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Charlotte Gauthier (piano), Damian Thantrey (Lui) et Kimy McLaren (Elle)
Photos : Julien Benhamou