La Flûte enchantée

Mozart

le 04/02/2017

Toronto, Canadian Opera Company

par Louis Bilodeau

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Jacqueline Woodley (Papagena) et Joshua Hopkins (Papageno).

 

D'abord donnée en 2011, la très jolie production de La Flûte enchantée de la Canadian Opera Company a été conçue par l'Américaine Diane Paulus, qui ouvre pour nous un somptueux livre d'images colorées. Le premier acte exploite l'idée du théâtre dans le théâtre, où l'opéra de Mozart s’avère, selon les notes du programme, le cadeau de fête offert à Pamina par les membres de sa famille. Au second acte, le décor représente le labyrinthe d'un jardin, dont les différentes composantes se déploient grâce à des éléments mobiles et qui constitue autant d'étapes du rituel initiatique de Tamino et Pamina. Le rapprochement entre ce décor et celui du dernier acte des Noces de Figaro s'impose d'autant plus que l'on surprend Papageno à chantonner à un moment donné l'air des Marronniers de Susanna. Dans la vision de Paulus, les épreuves du feu et de l'eau n'ont par ailleurs rien de redoutable et tiennent du divertissement chorégraphié. Si la dimension spirituelle de l'œuvre se trouve un peu sacrifiée, il n'en demeure pas moins que le spectacle est superbe et nous réserve quelques belles trouvailles.

En accord avec le travail de Diane Paulus, le chef Bernard Labadie propose une lecture alerte, nerveuse, qui jamais ne s'appesantit, même dans les chœurs des prêtres ou les passages introspectifs. Ce Mozart est lumineux, léger et d'une élégance remarquable. Nos seules réserves concernent le chœur d'hommes, un peu étique, et le choix de faire chanter en coulisse le chœur, à peine audible, célébrant la victoire des deux héros sur les forces des ténèbres.

D'une équipe de chanteurs dans l'ensemble très à l'aise scéniquement se démarquent Elena Tsallagova et Joshua Hopkins. La première est une Pamina idéale d'assurance vocale, aux antipodes de l'angélisme un peu fade que lui confèrent trop d'interprètes, et une femme au caractère affirmé, dont témoigne un chant vibrant qui culmine sur un splendide « Ach, ich fühl's ». Le baryton Joshua Hopkins incarne quant à lui un Oiseleur de grande classe, dont le ramage se rapporte parfaitement au plumage fort coloré ! Doté d'un timbre encore un peu vert, Andrew Haji n'en campe pas moins un Tamino sensible et au chant distingué. La Reine de la nuit d'Ambur Braid possède une belle agilité dans les vocalises, mais la voix se décolore au début du second air et le suraigu manque d'étoffe. Goran Jurić est un Sarastro à la voix un peu limitée, qui ne laisse pas un souvenir impérissable, à l'instar de l'Orateur de Martin Gantner, beaucoup plus à l'aise le lendemain en Gunther du Crépuscule des dieux. Le Monostatos roué de Michael Colvin et la pimpante Papagena de Jacqueline Woodley ajoutent au plaisir d'une représentation d'une excellente tenue et qui permet à Bernard Labadie, après une très grave maladie, de faire enfin ses débuts à la Canadian Opera Company.

L.B.

A lire : La Flûte enchantée, L’Avant-Scène Opéra n° 196.


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Lauren Segal (la Troisième Dame), Emily D’Angelo (la Deuxième Dame), Aviva Fortunata (la Première Dame) et Andrew Haji (Tamino). Photos : Michael Cooper.