L'Affaire Makropoulos

Janacek

le 10/05/2009

Opéra national de Paris, Opéra Bastille

par Chantal Cazaux

OEP39_1.jpg

Actuellement à l’affiche de l’Opéra Bastille, la reprise de la production de Krzysztof Warlikowski dans laquelle L’Affaire Makropoulos a fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en avril 2007. La cinéphilie du metteur en scène polonais n’est plus à démontrer (cf. son récent Parsifal placé sous le double sceau de Kubrick et de Rossellini), et c’est avec les références d’un ambigu âge d’or hollywoodien qu’il s’empare de l’œuvre de Janáček. Il faut dire que la figure de la cantatrice Emilia Marty se prête admirablement à une lecture iconique et médiatique : diva adulée autant que mystérieuse, on la découvre âgée de 337 ans par la magie d’une formule secrète qu’elle rachète au prix de son corps à un veule baron, avant de s’abandonner à la mort en laissant la place libre pour Krista, jeune chanteuse en devenir. Dans les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak comme dans les attitudes, ou dans les extraits de films et documentaires d’époque projetés en fond, Warlikowski convoque tour à tour Gloria Swanson et la piscine fatale de Boulevard du crépuscule, Marilyn – qu’un simple vison suffit à transformer en Marlene –, Rita et sa crinière rousse remplaçant Fay Wray dans la main de King Kong, ou encore l’Eve de Mankiewicz vampirisant sa Margo à force de l’admirer. Le tout avec virtuosité dans le montage et le jeu référentiels, mais aussi avec le danger que l’on perde un peu de vue (et d’émotion) Emilia à force de jouer au chat et à la souris avec les figures du passé – mais après tout, il peut s’agir aussi de donner à sentir le tournoiement vertigineux des identités successives d’Elina Makropoulos / Ellian Mac Gregor / Eugenia Montez / Emilia Marty. A l’écran, leur vérité volatile et tragique s’exprime dans le côtoiement effrayant d’une Marilyn en pleine gloire avec une Marilyn au sortir de l’hôpital, ou d’une Gloria S. jouant, l’œil dément, le rôle-miroir d’une star déchue du muet. Sur scène, Angela Denoke sert une Emilia plus séduisante que fascinante, d’un timbre un peu en-deçà des nécessités dynamiques de l’orchestre de Janáček, sous la baguette mordante et poétique de Tomas Hanus ; quelques intonations approximatives dans le haut-medium n’empêchent pas son incarnation d’exister, pas plus que quelques idées inabouties dans la direction d’acteurs de Warlikowski – qui tente la crudité sexuelle sans l’assumer vraiment, restant du coup à la lisière d’une vulgarité indécise. Le plateau qui entoure Angela Denoke est de qualité, avec en tête le baron Prus de Vincent Le Texier et la Krista de Karine Deshayes, remarquables. Une belle production, qui joue un name dropping virtuel mêlant démonstration intellectuelle et cohérence esthétique. A défaut d’être captivant ou tragique : stimulant.

C.C.