Opéra de Paris. Toute une histoire

Jérémie Rousseau et Gérard Denizeau

le 23/11/2019

par Chantal Cazaux

Paris, Larousse, 2019, 271 p., 29,95 €


La série radiophonique de Jérémie Rousseau fut l’événement de l’été 2019 sur France Musique : en seize épisodes d’une heure, Opéra de Paris, toute une histoire (toujours disponible en podcast) revisitait les 350 ans de l’institution sur un ton aussi informé que plaisant, de la naissance de l’Académie royale de Musique en 1669 aux nouveaux défis du XXIe siècle en passant par les querelles fameuses (les Bouffons), les incendies et attentats, les salles clés (Le Peletier, Garnier, Bastille), l’imaginaire fantasmatique (le ballet blanc, le fantôme de l’Opéra, le plafond de Chagall), les crises et scandales (Tannhäuser en 1861, l’Occupation) ou les hautes figures du dernier siècle (Jacques Rouché ou Rolf Liebermann). Larousse en offre aujourd’hui la version éditée, et c’est un plaisir d’y retrouver le savoureux sens narratif de Jérémie Rousseau.

On s’interroge en revanche sur les choix éditoriaux qui ont présidé à l’augmentation du texte-source de la présentation par Gérard Denizeau de près de cinquante ouvrages du répertoire. Leur sélection ne souffre pas question quand il s’agit de chefs-d’œuvre créés in loco. Mais représenter l’ère Lully par Atys (créé à Saint-Germain-en-Laye), passer par l’Orfeo de Monteverdi, évoquer la « version française » des Noces de Figaro (1793) – il s’agissait de la pièce de Beaumarchais (parlée) « truffée » des numéros musicaux de Mozart (chantés) –, citer Lohengrin (1891) sans rappeler ses manifestations, caser Gounod avec Roméo et Juliette et Faust (du Théâtre-Lyrique !) : tout ceci manque de rigueur. Tant d’autres titres fameux, sans histoire particulière avec l’Opéra de Paris à part leur entrée à son répertoire, ne sont là que pour faire catalogue d’« incontournables », de Mozart à Britten en passant par Verdi (mais sans Les Vêpres siciliennes ou Don Carlos !), les joyaux dus à l’Opéra-Comique, Wozzeck (plutôt que Lulu complétée en 1979 !), les grands balletsrusses (et même Le Sacre du printemps des Champs-Élysées). Dommage que l’articulation entre les deux contributions n’ait pas été plus solidement pensée.

Le volume est beau à l’œil, richement iconographié. Souhaitons au lecteur de savoir déjouer sa construction bancale pour y privilégier le fil – parfaitement tendu et pertinent, quant à lui – des seize épisodes dévolus à l’Opéra de Paris par Jérémie Rousseau.

Chantal Cazaux