Du concert à l'écran. La musique classique au cinéma

Stéphan Etcharry et Jérôme Rossi (dir.)

le 03/09/2019

par Chantal Cazaux

Presses universitaires de Rennes, coll. PUR-Cinéma, 2019, 459 p., 30 €

Signalons, pour les mordus de cinéma… et de publications universitaires, ce volume des Presses universitaires de Rennes qui étudie l’utilisation de la musique classique au cinéma, en tant que musique préexistante choisie (tout ou partie) pour la bande-son (en opposition avec les musiques composées à destination du film qui les emploie). Nous avions rendu compte d’Opéra et cinéma, recueil publié par les mêmes éditions et dont l’objet d’étude était à la fois plus circonscrit (le genre opératique) et plus diffus (la place occupée par l’opéra dans certains scénarios était largement abordée). Ici, seul l’article de Delphine Vincent, consacré justement au moment opératique en tant que topos cinématographique, et celui de Bertrand Porot, qui se penche sur Tous les matins du monde, abordent la musique classique comme sujet de film. Tous les autres, forts d’une édition de qualité (qui ne se prive ni d’iconographie, ni d’exemples musicaux), s’articulent en cinq parties complémentaires : les figures récurrentes, donc (outre la « visite à l’opéra » avec Delphine Vincent, on y évoque les multiples occurrences de la Chevauchée des Walkyries – hélas de façon assez jargonneuse – ou celles de la Cold Song de Purcell) ; le rapport à la vérité historique (Jeanne d’Arc, la Renaissance, Marin Marais : trois champs esthétiques dont la recréation touche à la question de l’attitude « historiquement informée ») ; les liens entre musique et narration (trois exemples : Chambre avec vue, Shutter Island ou Io sono l’Amore) ; la musique prise comme élément de travail sur l’identité (Brahms ou Wagner et Chaplin/Hynkel dans Le Dictateur, Carmen chez Chahine, ou bien encore – l’un des articles les plus passionnants dans ses implications culturelles – Bach, l’orgue et la Toccata et fugue en mineur auscultés par Laurent Olivier Marty) ; enfin, les échos structurels qui peuvent se faire jour entre scénario, image et musique (où l’on aborde tour à tour Britten dans Moonrise Kingdom, Tchaïkovski révisé dans La Belle au bois dormant, et les musiques de 2001, l’Odyssée de l’espace – dont on peut trouver plus ou moins convaincante l’analyse « spectrale » défendue par Benjamin Lassauzet). L’ouvrage est dense, sa lecture aussi, mais il comblera les cinéphiles mélomanes – et inversement.

Chantal Cazaux