La Comédie musicale britannique aux XIXe et XXe siècles

Pierre Degott et Albert Gier (dir.)

le 20/06/2019

par Olivia Pfender

Saint-Julien-en-Genevois, Revue Musicorum n° 20, 2018, 288 p., 29 

La Revue Musicorum, qui a pour mission de « situer le domaine des sciences de la musique dans un cadre pluridisciplinaire » et de « favoriser la diffusion de la recherche en musicologie sans exclusivité d'époque », a consacré son vingtième numéro à l’opérette et à la comédie musicale britannique des XIXe et XXe siècles. Une riche idée, dans la mesure où les articles traitent pour la plupart d’œuvres peu connues, voire inconnues du public français : si l’on peut entendre sur internet des extraits de certains Savoy Operas de Gilbert et Sullivan comme The Pirates of Penzance (1879), qui en France a entendu parler des extravaganzas de James Robinson Planché, ces comédies-pots-pourris d’airs à la mode aux paroles réécrites, ou encore des opérettes du dramaturge anglais Noël Coward (1899-1973) ? D’autres communications sont consacrées à des comédies musicales du XXe siècle bien plus connues du grand public telles que My Fair Lady de Loewe (1956), Jésus Christ Superstar (1970) et Le Fantôme de l’Opéra (1986) de Lloyd Webber, des objets « populaires » sur lesquels on apprécie de lire un discours universitaire.

On aime également le fait que la revue publie des articles en trois langues (français, anglais et allemand), ce qui permet de jeter un œil sur ce qui se fait en matière de recherche chez nos voisins. Cette ouverture semble cruciale en particulier en ce qui concerne les opérettes des XIXe et début XXe siècles, sur lesquelles les contributions les plus fouillées et originales sont anglaises, mais aussi allemandes. Au fil des lectures, on suit ainsi la trace de quatre chanteuses anglaises faisant fureur aux États-Unis lors d’une tournée en 1868, puis on découvre Haddon Hall, un « english light opera » de Sullivan, avant de s’interroger sur les fonctions de l’exotisme dans The Geisha de Sidney Jones (1896), The Arcadians (1909) ou The Mousmé (1911), on se plonge dans la trajectoire de My Fair Lady depuis la pièce originale de George Bernard Shaw jusqu’au film bien connu de 1964 avec Audrey Hepburn… bref, les sujets dignes d’intérêt ne manquent pas.

Le reproche que l’on peut faire à ce numéro est l’inégalité des différentes contributions. Inégalité à plusieurs points de vue : longueur, niveau de recherche, pertinence des tableaux, citations et iconographie. Il ne s’agit pas de critiquer le caractère éclectique des publications, dû à la vocation interdisciplinaire de la revue : on comprend que les centres d’intérêt ainsi que les méthodes de chacun soient dissemblables et l’on n’est pas gêné qu’une étude biographique côtoie une analyse littéraire. Mais on regrette par exemple que certains articles passent un temps considérable à raconter in extenso des intrigues, à afficher des extraits de partition ou des tableaux pas assez exploités, ou encore manquent d’une mise en contexte dans un cadre historique ou géographique. On aurait également souhaité que la préface offre davantage de synthèse et de problématisation, et qu’un plus grand soin ait été apporté à la relecture. En refermant l’ouvrage, on garde en bouche quelques souvenirs marquants de bons, voire de très bons articles, mais quelque peu dilués dans un ensemble que l’on aimerait plus cohérent.

Olivia Pfender