Euryanthe

Weber

le 01/11/2013

Révérence

par Louis Bilodeau

Jessye Norman (Euryanthe), Nicolai Gedda (Adolar), Tom Krause (Lysiart), Rita Hunter (églantine), Siegfried Vogel (Louis VI), Renate Krahmer (Bertha). Orch. de la Staatskapelle de Dresde, chœur de la radio de Leipzig, dir. Marek Janowski (1974).
CD Brilliant 94682. Livret téléchargeable sur le site www.brilliantclassics.com. Distr. Abeille Musique.

Près de quarante ans après sa parution, cet enregistrement domine toujours la discographie, très maigre reconnaissons-le, d'Euryanthe. Au premier rang de cette réussite difficilement surpassable, on situera l'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, phalange vénérable s'il en est et que Weber a d'ailleurs dirigée de 1816 jusqu'à sa mort, en 1826. Qu'on écoute par exemple les pupitres de cordes, à se pâmer d'extase, ou les appels de cors au troisième acte, d'une beauté stupéfiante. Tout, à vrai dire, serait ici à détailler, tant les musiciens forment un ensemble exceptionnel et qui sait répondre aux moindres intentions du chef. Le chœur de la radio de Leipzig n'est pas en reste, qui possède une homogénéité et une vaillance exemplaires.

La distribution appelle des commentaires tout aussi élogieux. En 1974, à 29 ans, Jessye Norman avait déjà chanté des rôles aussi lourds qu'Elisabeth (Tannhäuser) à Berlin, Aïda à La Scala et Cassandre à Covent Garden. Pour les micros d'EMI, elle incarna une Euryanthe frémissante, sans ce vibrato qui deviendra plus tard envahissant et cette affectation qui entachera quelques-uns de ses futurs rôles. À l'exception des notes extrêmes de sa tessiture, elle maîtrise parfaitement les exigences d'un rôle auquel elle confère une grande noblesse. Tour à tour ardent, tendre et véhément, Nicolai Gedda campe un superbe Adolar en pleine possession de ses immenses moyens vocaux. Tout au plus peut-on lui reprocher un legato laissant parfois à désirer. églantine trouve en Rita Hunter une soprano à la voix tranchante, aux aigus percutants - et à la limite de la stridence ; si l'engagement dramatique est total, le timbre peut s'avérer un peu agressif. L'autre représentant des forces du mal, Lysiart, est chanté par le baryton-basse Tom Krause, qui possède une couleur de voix un peu claire pour le rôle, mais au chant d'un raffinement extrême. Peut-on espérer que cette réédition - ô combien nécessaire ! - puisse préluder à de nouvelles productions d'un opéra essentiel du répertoire allemand ?

L.B.