Robert le diable

Meyerbeer

le 23/08/2013

par Gérard Condé

Bryan Hymel (Robert), Martial Defontaine (Raimbaut), Carmen Giannattasio (Alice), Patrizia Ciofi (Isabelle), Alastair Miles (Bertram). Orchestra Filarmonia Salernitana Giuseppe Verdi, Coro dell'Opera di Salerno, dir. Daniel Oren (live 2012).
CD Brillant classics 94604. Distr. Abeille Musique.

Si le livret, victime des détours de la gestation de l'ouvrage, tenait à peu près debout, Robert le Diable aurait pu rester au répertoire car c'est peut-être l'opéra de Meyerbeer où l'invention musicale se révèle la plus abondante, rehaussée par la richesse d'une instrumentation raffinée. Cette exécution, enregistrée lors d'un concert à Salerne le 23 mars 2012, offre trois heures de musique et si, au fil d'une vingtaine de coupures plus ou moins regrettables (les reprises, les seconds couplets, quelques entrées de ballet et la prière des moines) la partition a perdu quarante minutes, il faut convenir qu'elle en a vu d'autres en son temps. Du moins n'éprouve-t-on aucune lassitude. Il est vrai aussi que la direction de Daniel Oren ne laisse rien ignorer des riches détails de l'ouvrage dont il contrôle aussi les grandes lignes. Le style est juste (du moins dans une optique moderne) et les mouvements toujours éloquents. De légères approximations, dans le feu du concert, n'entachent pas la très belle prestation d'un orchestre où brillent quelques solistes et du chœur soucieux de la prononciation française. La distribution, qui satisfait globalement aux exigences exorbitantes de la partition, est dominée par Patrizia Ciofi : elle a non seulement toutes les notes d'une tessiture qu'elle pousse jusqu'au contre-mi, mais encore le charme et l'élégance de son rôle de princesse. Bryan Hymel campe un vaillant Robert à qui l'on peut seulement reprocher d'ignorer les ressources de la voix mixte, et d'ajouter un contre-ré douloureux. Martial Defontaine possède la stature de Raimbaut et Carmen Giannattasio celle d'Alice, ce qui n'est pas peu dire. Doté d'une vraie couleur de basse, Alastair Miles se joue de la tessiture démoniaque de Bertram (plus de deux octaves à partir du contre-mi bémol grave !) mais il lui manque d'entrer dans la peau de son personnage et il semble avoir surtout travaillé son redoutable duo avec Alice car l'intonation y est, paradoxalement, d'une netteté qu'on attendrait ailleurs. Les seconds rôles, juste passables, se laissent oublier. La discographie de Robert le Diable est si mince et l'œuvre si attrayante qu'en attendant une intégrale aussi impeccable qu'improbable, cet enregistrement s'impose à l'attention des curieux.

G.C.