Theodora

Haendel

le 16/12/2022

par Olivier Rouvière

Lisette Oropesa (Théodora), Joyce DiDonato (Irène), Paul-Antoine Bénos-Djian (Didymus), Michael Spyres (Septimius), John Chest (Valens), Choeur et Orchestre d’Il Pomo d’Oro, dir. Maxim Emelyanychev.
Erato 5419717791 (3 CD). 2022. Notice en français. Distr. Warner Music.
 
Commençons par une perfidie.
Il est plutôt agaçant de lire sous la plume de certains confrères que Theodora constitue une « redécouverte » : un quart de siècle après le mémorable spectacle monté par Peter Sellars à Glyndebourne, trente-cinq ans après les concerts parisiens dirigés par Jean-Claude Malgoire (avec une indépassable Carolyn Watkinson en Irène), après la publication d’une bonne dizaine d’intégrales (CD et DVD confondus), qui peut encore parler de « redécouverte », sinon quelqu’un qui ne s’intéresse pas à ce répertoire ? Car Theodora (1750), avant-dernier oratorio du Saxon, dont il était l’une des créations favorites, n’a jamais disparu des mémoires – et si cet enregistrement un peu survendu le fait « redécouvrir » à certains, c’est simplement parce qu’Erato y a enrôlé une brochette de vedettes.
 
Y sont-elles toutes à leur place ? Oui pour Paul-Antoine Bénos-Djian, dont le Didymus chaleureux, candide, ému, touche jusque dans ses limites (la tessiture et la longueur de « Deeds of kindness » l’éprouvent) ; oui pour Michael Spyres qui, on s’en doute, confère au solaire Septimius un lyrisme aussi irrésistible que sa diction (passons sur quelques notes centrales « molles ») et pour Lisette Oropesa, Théodora au timbre corsé, fière, tragique, plus rebelle que victime (son monologue de la prison pourrait être plus poignant) – un peu moins oui pour Joyce DiDonato qui, certes, fait d’Irène une femme de chair et de sang et non plus une icône, mais au prix d’une certaine vulgarité (registres disjoints, sonorités ouvertes) et pour John Chest, Valens trop clair et tenté par les interpolations aigües.
 
Pour porter à incandescence ce casting cinq étoiles et éviter quelques disparités de style, il eût fallu chef plus sensible que le jeune Emelyanychev, seulement efficace et tonique dans un ouvrage qui demande de la profondeur. Le chœur, maigrichon (seize chanteurs) et inégal (les ténors), ne nous comble pas vraiment non plus, tandis que l’orchestre, mordant, engagé, parfois bouleversant (« To thee, thou glorious son ») emporte le morceau.  
Une redécouverte, non ; une référence, pas plus – une version pleine de vigueur : sans conteste.

Olivier Rouvière