Iris

Mascagni

le 16/09/2021

par Didier van Moere

Karine Babajanyan (Iris), Samuele Simoncini (Osaka), Ernesto Petti (Kyoto), David Oštrek (L’Aveugle), Nina Clausen (Une geisha),  Andrès Moreno García (Un chiffonnier). Chœur et Orchestre de la Berliner Opergruppe, dir. Felix Krieger (live, Berlin, Konzerthaus, 18 février 2020).
Oehms. 2 CD. Présentation bilingue (all., angl.), livret bilingue (ital., angl.). Distr. Outhere.

Entre Madame Chrysanthème de Messager et Madame Butterfly, il y a Iris de Mascagni, créée en 1898 à Rome, dont le librettiste Luigi Illica serait bientôt celui de l’opéra de Puccini. Un DVD, peu mémorable au demeurant, nous en rappelait naguère les beautés – on n’en finit pas de regretter que Mascagni ne passe que pour le compositeur de Cavalleria rusticana. Ce concert berlinois, malheureusement, ne rend pas toute justice à l’histoire assez glauque du destin de la pauvre petite Iris, qui atterrit malgré elle entre les murs d’une maison de plaisir où le riche Osaka tente en vain de la séduire et d’où elle s’échappe en se jetant par la fenêtre – heureusement le Soleil  l’accueille en son royaume, dans un Épilogue rappelant, comme le début, le Mefistofele de Boito. La très honnête direction de Fritz Krieger, qui se voue, à la tête de son ensemble, à la résurrection d’opéras peu fréquentés, ne manque qu’un peu de tension pour la conduite du drame et de subtilité pour les chatoiements impressionnistes de certaines pages. Mais la déception vient surtout de Karine Babajanyan : fatiguée, la soprano arménienne ne maîtrise plus son vibrato et, malgré les meilleures intentions, notamment de jolies demi-teintes çà et là, peut difficilement faire croire à la jeunesse brisée d’une héroïne jadis incarnée au disque une Clara Petrella (Standing Room Only) ou une Magda Olivero (Gala). Samuele Simoncini, en revanche, au timbre sans beauté particulière, exhibe la solidité d’un spinto à toute épreuve, même si le passage accuse beaucoup de duretés – dues aussi à l’écriture du rôle. De tous, on retiendra finalement d’abord le proxénète avantageux d’Ernesto Petti, l’aveugle noble – le père d’Iris – de Davied Oštrek, dont on voudrait seulement le grave plus profond, et le Chiffonnier d’Andrès Moreno García. Il n’empêche : si l’on veut découvrir Iris, on écoutera le couple Ilona Tokody-Plácido Domingo, d’une tout autre séduction, dirigé par un pertinent Giuseppe Patané (Sony).


Didier van Moere