Rodelinda

Haendel

le 28/06/2021

par Olivier Rouvière

Lucy Crowe (Rodelinda), Iestyn Davies (Bertarido), Joshua Ellicott (Grimoaldo), Jess Dandy (Eduige), Tim Mead (Unulfo), Brandon Cedel (Garibaldo), The English Concert, dir. Harry Bicket.
Linn CKD 658 (3 CD). Distr. Outhere. 2020. 3h20’. Notice en anglais.

On va finir par croire que les chefs baroques n’ont aucune idée de la façon dont il faut servir le chef-d’œuvre de Haendel – ni, surtout, de le distribuer. Car, sur ce plan, cette version est sans doute l’une des moins intéressantes d’une discographie qui compte pourtant beaucoup de scories. Que de voix ternes, plates et totalement dépourvues de cette italianità que le regretté Sergio Segalini traquait dans tous les ouvrages où elle s’impose (ce qui est bien sûr le cas de Rodelinda, écrite sur un livret italien pour des gosiers italiens) ! Ne nous attardons pas sur les cas d’Ellicott et de Cedel, ténor et baryton courts, incolores, à l’accent prononcé. Concédons à Dandy un beau timbre sombre qui ne justifie pas qu’elle savonne ses vocalises. Admettons volontiers que les deux contre-ténors chantent plutôt bien – Davies surtout, dont on notera l’onctueux legato dans « Dove sei » –, sans pour autant dégager beaucoup de charisme. Quant à la douce et mélancolique Crowe, elle s’effondre très vite sous les exigences d’un rôle ardent qui ne correspond ni à sa personnalité ni à ses moyens : monotonie d’accents, prises de souffle intempestives (« Morrai, si »), aigus poussés (« Mio caro bene»), faiblesse de la ligne (« Ritorna, o caro ») – on souffre pour elle. Côté orchestre et direction, c’est un peu le minimum syndical, malgré ce que laisse espérer une ouverture alerte – dont le menuet, cependant, manque de mystère (avec une doublure aux vents peu discrète). Par la suite, la battue de Bickett s’avèrera probe mais guère imaginative, les cordes avoueront leurs limites dans les passages réclamant une articulation véloce (« Di Cupido impiego i vanni ») et la première flûte se montrera bien timide lors de ses apparitions pourtant cruciales (« Se’l mio duol »). L’édition choisie est complète, intégrant des airs souvent coupés (« Vivi tiranno », « Se fiera belva », « Tra sospetti »), la première mouture (la meilleure) de « Sono i colpi della sorte », et le da capo d’ « Ho perduto » – d’autant moins indispensable que la seconde partie de l’air affiche ici exactement le même tempo et le même caractère que la première. Bicket et ses complices nous promettent d’enregistrer bientôt Tamerlano: on juge charitable de les en dissuader…

 

Olivier Rouvière