Fortunio

Messager

le 09/02/2021

Révérence

par Didier van Moere

Cyrille Dubois (Fortunio), Anne-Catherine Gillet (Jacqueline), Franck Leguérinel (Maître André), Jean-Sébastien Bou (Clavaroche), Philippe-Nicolas Martin (Landry), Pierre Derhet (Lieutenant d’Azincourt), Aliénor Feix (Madelon), Luc Bertin-Hugault (Maître Subtil), Geoffroy Buffière (Guillaume), Sarah Jouffroy (Gertrude). Chœur Les Éléments, Orchestre des Champs-Élysées, dir. Louis Langrée. Mise en scène : Denis Podalydès (Paris, Opéra-Comique 2019).
Naxos 2.110672. Présentation bilingue (angl., fr.). Distr. Outhere.

 

À Favart, on a vu Fortunio deux fois, à dix ans d’intervalle. La reprise de 2019 a corrigé tous les – menus – défauts des représentations de 2009, confirmant que l’Opéra-Comique est fidèle à sa vocation dans le choix de son répertoire et sait souvent composer des distributions quasi parfaites, qui ressuscitent une école et un style. Trouverait-on aujourd’hui meilleur Fortunio que Cyrille Dubois, par le timbre et le phrasé, pas à la peine quand les élans passionnés du troisième acte tendent la tessiture ? Plus délicieuse Jacqueline qu’Anne-Catherine Gillet, voix légère mais si fruitée, si parfaitement projetée et si idéalement conduite ? Autour du jeune couple, tout est à l’avenant : Clavaroche fanfaron de Jean-Sébastien Bou, timbre mordant et chant stylé, impeccable Landry de Philippe-Nicolas Martin, impayable Maître André de Franck Leguérinel, Maître Subtil bien campé, malgré la modestie du rôle, de Luc Bertin-Hugault, comme la Madelon d’Aliénor Feix. À la tête d’un Orchestre des Champs-Élysées des meilleurs jours, Louis Langrée a compris l’essence de la musique de Messager, d’un grand raffinement de couleurs, d’un lyrisme débordant et jamais doucereux, où passe l’ombre de Massenet – parfois celle de Debussy aussi, avec une Jacqueline par moments fille de Mélisande. Dans la pénombre hivernale du décor d’Éric Ruf, la direction d’acteurs finement suggestive de Denis Podalydès se souvient de la fausse légèreté, des ambiguïtés douces-amères du drame de Musset, faisant de Fortunio un rêveur suicidaire masochiste, sans forcer le trait, notamment pour les situations vaudevillesques où l’épouse rouée cache son amant dans l’armoire. Un régal.

 

Didier van Moere