Die Ruinen von Athen

Beethoven

le 09/02/2021

par Louis Bilodeau

Valda Wilson (soprano), Simon Bailey (basse), Sidonie von Krosigk (narratrice), Cappella Aquileia et Chœur philharmonique tchèque de Brno, dir. Marcus Bosch (2018).
CPO 777 634-2. Notice et livret en all. et ang. Distr. DistrArt Musique.

Rassemblant trois œuvres chorales de Beethoven, ce disque a comme principal mérite de mettre en avant les immenses qualités du Chœur philharmonique tchèque de Brno. Celui-ci est particulièrement remarquable dans Meeresstille und glückliche Fahrt (Mer calme et heureux voyage, op. 112), où il traduit à merveille l'espèce d'atmosphère en apesanteur de la mer étale, ce « terrible silence » que Goethe évoque dans ses vers. Puis lorsque le vent se lève enfin, il exulte avec une joie communicative qui offre le plus saisissant des contrastes.

Dans l'Opferlied (Chant de sacrifice, op. 121b), partition d'une grande élévation spirituelle écrite sur un poème de Friedrich von Matthisson, le tempo nettement trop allant de Marcus Bosch enlève un peu de son côté méditatif à ce magnifique chant dans lequel un jeune homme demande avec ferveur à Zeus de lui accorder beauté et bonté. Si les bois sont ici opulents, le violoncelle solo s'avère en revanche beaucoup trop discret, peut-être en raison de la prise de son. Bien que pressée par la battue du chef, la soprano Valda Wilson est splendide d'intériorité et de sensibilité musicale.

Plat de résistance de ce programme, la musique de scène pour Les Ruines d'Athènes (op. 113) est ici présentée dans une version originale puisque les dialogues d'August von Kotzebue ont été remplacés par un texte de Kai Wessler, dramaturge au Semperoper de Dresde. Le but de cette réécriture consiste à effacer toute trace de l'hommage par trop appuyé que la pièce, créée le 9 février 1812 pour l'inauguration du Théâtre impérial de Pest, offrait à la monarchie habsbourgeoise. Chargée d'assurer la transition entre les huit numéros de la partition, Athéna (et non Minerve, comme chez Kotzebue) raconte comment elle a autrefois été condamnée par Zeus pour avoir omis de protéger Socrate contre ses juges. Après un profond sommeil de près de 2000 ans, elle se réveille dans une Grèce en ruines et de surcroît occupée par les Turcs. Étrangère dans sa propre cité, elle fuit Athènes pour retrouver sur les bords du Danube, à Pest, l'héritage vivant de la culture antique, sous la protection bienveillante de François, roi de Hongrie et de Bohême. Efficace et bien déclamé par Sidonie von Krosigk, le texte de la narration fait un clin d'œil à Wagner en citant un extrait du réveil de Brünnhilde au troisième acte de Siegfried (« Lang war mein Schlaf ; ich bin erwacht »). On trouve aussi un collage de vers de Schiller.

Si la Cappella Aquileia offre une lecture colorée et globalement très vivante, il n'en demeure pas moins que le son de cet orchestre de chambre peut sembler sous-dimensionné, surtout en regard de la masse chorale. Ce Beethoven quelque peu intimiste est d'ailleurs bien dirigé, à l'exception de la célèbre Marcia alla turca, expédiée à un train d'enfer. La vision péjorative des Turcs que véhicule l'ouvrage ne justifie pas de dénaturer ainsi un morceau où devrait dominer non pas l'agressivité mais bien plutôt le côté sautillant d'un défilé de janissaires plus amusants que réellement menaçants. Valda Wilson est excellente en Grecque, mais Simon Bailey peine dans le duo et campe un grand prêtre dépourvu de l'onction qu'on attendrait. Au total, un enregistrement inégal duquel on retient d'abord un superbe op. 112.

 

Louis Bilodeau