I due Foscari

Verdi

le 25/01/2021

par Chantal Cazaux

Vladimir Stoyanov (Francesco Foscari), Stefan Pop (Jacopo Foscari), Maria Katzarava (Lucrezia Contarini), Giacomo Prestia (Jacopo Loredano), Francesco Marsiglia (Barbarigo), Erica Wenmeng Gu (Pisana), Filarmonica Arturo Toscanini, Orchestra Giovanile della Via Emilia, Chœur du Teatro Regio de Parme, dir. Paolo Arrivabeni, mise en scène : Leo Muscato (Parme, 11 octobre 2019).
Dynamic 37865. Notice et synopsis ital./angl. Distr. Outhere.

Par son alliance d’inventivité visuelle et de beauté esthétique (mise en scène d’Alvis Hermanis), par sa réalisation musicale de haut niveau placée sous la baguette affûtée de Michele Mariotti, la production de la Scala en 2016 a constitué un jalon difficilement dépassable de la vidéographie des Deux Foscari (DVD Cmajor/Unitel). On y renverra d’autant plus volontiers le lecteur que les nouveaux Foscari qui nous occupent ici, qui ouvraient en 2019 le Festival Verdi de Parme, avouent certaines limites rédhibitoires.

À commencer par la mise en scène de Leo Muscato. Un plateau circulaire nu est habité seulement par les éclairages (réussis) d’Alessandro Verazzi et des projections vidéo statiques évoquant la Renaissance, tandis que les costumes XIXe des interprètes nous renvoient au temps de Verdi – les deux époques se juxtaposant parfois : manteau de doge sur redingote. Et tout est dit. La direction d’acteurs paraît inexistante, seul Vladimir Stoyanov parvenant, par son autorité naturelle et un véritable instinct d’acteur, à faire exister un personnage, ce Doge Foscari qui voit son monde s’effondrer et mourir son dernier fils Jacopo. Or les Foscari sont un opéra sans action spectaculaire, et même sans réelle évolution des personnages : le rôle du metteur en scène est prédominant pour y insuffler un théâtre prenant. Hélas, on en reste ici aux postures et tics habituels, sans âme ni vérité. Voir le cri « Giustizia ! » clamé platement par des choristes au regard noyé d’indifférence ne devrait plus être possible…

Musicalement, la déception est à l’avenant. C’est à nouveau Stoyanov qui, seul, paraît en situation, maître de son chant tant dans l’éclat que dans la mezza voce, et profondément touchant dans le rôle de Foscari. Si Stefan Pop interprète Jacopo avec une vaillance réelle, servie par un timbre plein, celui-ci perd sa rondeur dans les aigus, trop efforcés. Quant au redoutable rôle de Lucrezia (à ranger dans la catégorie des Odabella, des Abigaïlle), il met à la peine une Maria Katzarava qui s’époumone de sa cavatine (I) à son air (III) et lasse l’oreille par des aigus tirés ou un bas-médium étique. La direction diligente de Paolo Arrivabeni mène des troupes fort honnêtes, aux quelques imprécisions pardonnables (les pizzicati, les décalages fosse/chœur) et avec certains très beaux moments (l’introduction du II, ses violoncelles solos impeccables, sa tempête cinglante), mais sans pouvoir faire oublier le vide théâtral (scénographie et jeu) capté par la caméra.

 

Chantal Cazaux