Le Freischütz

Weber

le 23/12/2020

par Louis Bilodeau

Maximilian Schmitt (Max), Heiko Trinsinger (Kaspar), Jessica Muirhead (Agathe), Tamara Banješević (Ännchen), Martijn Cornet (Ottokar), Karel Martin Ludvik (Kuno), Tijl Faveyts (l'Ermite), Albrecht Kludszuweit (Kilian), Chor und Extrachor des Aalto-Theaters, Essener Philharmoniker, dir. Tomáš Netopil (live, Essen 2019).
Oehms Classics OC 988 (2 CD). Notice en anglais et en allemand, livret en allemand. Distr. Outhere.

 

Dominée depuis plusieurs décennies par les versions de Joseph Keilberth (EMI, 1959) et Carlos Kleiber (DG, 1973), la discographie du Freischütz s'enrichit d'un enregistrement dont le principal mérite réside dans ses qualités orchestrales. Directeur musical du Théâtre Aalto et de l'Orchestre philharmonique d'Essen depuis 2013, Tomáš Netopil sait obtenir de sa phalange les atmosphères festive, rêveuse ou inquiétante qu'appelle la partition de Weber. On pourrait certes souhaiter un pupitre de cors plus glorieux et des cordes plus soyeuses, mais l'ensemble de l'interprétation demeure équilibré, toujours juste de ton et riche en contrastes dramatiques, en particulier dans le tableau de la Gorge aux Loups. Curieusement, il choisit dans cette scène de faire prononcer les répliques de Samiel par le chœur à l'unisson. Autre sujet d'étonnement : il déplace au début du troisième acte le fameux chœur des chasseurs (no 15), qui se substitue ainsi au prélude (no 11). Enfin, quelques silences indûment prolongés peuvent gêner, notamment en plein milieu de la chanson populaire (no 14) des quatre demoiselles.

Inégale, la distribution permet surtout d'entendre l'Agathe sensible et délicate de Jessica Muirhead. Si la voix s'avère d'un format relativement modeste et peine un peu dans les phrases exposées, la soprano sait néanmoins composer avec ses limites et offrir de beaux moments de chant dans ses deux airs. Moins convaincante, Tamara Banješević est une Ännchen au timbre manquant de fraîcheur qui convient bien peu à une jeune fille espiègle. Le ténor Maximilian Schmitt possède un organe sonore capable de nuances intéressantes, mais l'émission instable et des aigus souvent donnés à l'arraché nuisent à son portrait de Max. Heiko Trinsinger déçoit beaucoup en Kaspar : avec sa voix trop claire qui bouge énormément, il est loin de la figure maléfique que l'on attend du chasseur ayant pactisé avec les puissances infernales. Des rôles secondaires, d'un niveau plutôt faible, on retient toutefois le magnifique Ermite de Tijl Faveyts, basse belge aux moyens somptueux. Dynamique quoique manquant d'homogénéité chez les femmes, le chœur procure un plaisir intermittent, un peu à l'image de ce coffret qui, en raison de ses faiblesses vocales, laisse une impression partagée.

 

Louis Bilodeau