Les Deux Chasseurs et la Laitière

Egidio Duni

le 01/12/2020

par Olivier Rouvière

Agnieszka Budzińska-Bennett (Perrette), Maciej Straburzyński (Guillot), Łukasz Wilda (Colas), Accademia dell’Arcadia, dir. Roberto Balconi (2010).
Brilliant Classics 95422 (1 CD). 52’. Notice en anglais. Distr. DistrArt Musique.


« Il ne faut pas vendre la peau de l'ours » avant de l'avoir tué, sous peine de se retrouver « gros Jean comme devant » : telle est la morale de cette comédie en un acte de Louis Anseaume, qui s'inspire de deux fables de La Fontaine (« L'Ours et les Deux Compagnons » et « La Laitière et le Pot au lait »). La partition composée sur ce texte en 1763 par Egidio Romualdo Duni (1709-1775) fait partie d'une série de vingt-deux titres du même auteur, qui triomphèrent à Paris entre 1756 et 1769. Grâce à l'appui de Charles-Simon Favart, avec lequel il collabore presque aussi souvent qu'avec Anseaume, l'Italien Duni, propulsé directeur de la Comédie-Italienne en 1761, lance définitivement la vogue de l'opéra-comique, genre esquissé par Rousseau et Dauvergne et qui s'épanouira avec Grétry.

Déjà, en 1992, Rousset et Villégier ressuscitaient (sur la scène de l'Opéra-Comique justement) une autre partition de Duni, La Fée Urgèle  – guère plus mémorable, pour être honnête, que ces Deux Chasseurs. Composé d'une quinzaine de numéros, dont surtout des « ariettes » aux formes variées (en rondeau, da capo, strophiques), l'ouvrage privilégie bien sûr la veine campagnarde, naïve, en la saupoudrant d'italianismes (les nombreuses siciliennes, tantôt rustiques, tantôt pathétiques), d'un soupçon de style galant (les cocottes de « Voici tout mon projet ») et d'un nuage, très dilué, de Sturm und Drang (il paraît que l'ouverture évoque un orage). On reste cependant loin de ce que Gluck fait à la même époque (et sur le même type de texte), faute de souffle et d'ambition.

Mais il est vrai que l'interprétation ne sublime guère l'œuvre : direction trop placide de l'ancien contre-ténor Roberto Balconi, à la tête d'un modeste groupe de vingt musiciens (dont les violons grincent un peu), soprano totalement incompréhensible, baryton engorgé et râpeux – seul le ténor Łukasz Wilda, qui tient hélas le rôle le plus court, nous convainc de son adéquation avec ce style léger. En complément, on nous propose une rare et vive Sinfonia en Fa du Polonais Michał Orłowski (1750-1819), au style proche des œuvres contemporaines de ses collègues russes (un peu) mieux connus, Dimitri Bortnianski et Evstignei Fomine, où hautbois et basson se voient particulièrement mis en valeur.


Olivier Rouvière