Cendrillon

Massenet

le 20/11/2020

par Didier van Moere

Danielle de Niese (Cendrillon), Kate Lindsey (Le Prince charmant), Lionel Lhote (Pandolfe), Nina Minasyan (La Fée), Agnes Zwierko (Madame de la Haltière), Eduarda Melo (Noémie), Julie Pasturaud (Dorothée). London Philharmonic Orchestra, dir. John Wilson (Glyndebourne, 30 juin 2019). Mise en scène : Fiona Shaw.
Opus Arte OA1303D. Présentation en anglais. Distr. DistrArt Musique.


Effets spéciaux, jeux de miroirs, Fiona Shaw a sans doute voulu une Cendrillon moderne, loin de considérer l’œuvre de Massenet comme un opéra féerie traditionnel. La psychanalyse des contes de fées a dû passer par là. Tout ici ne semble qu’un rêve. Et le Prince charmant a l’air d’un double de Cendrillon, rocker androgyne au début, fille à la fin : voilà posée la question du genre. Autant dire que la production, conçue autour de la symbolique du papillon et de la chrysalide, parfaitement réglée d’ailleurs, voire assez virtuose, nous sert un peu le cocktail des idées à la mode, assez pesamment, vulgairement parfois – la séance de déshabillage de Madame de la Haltière. Vous voulez être ému, retrouver votre âme d’enfant ? Passez votre chemin : vous n’êtes plus dans le coup.

Musicalement, en revanche, il y a de quoi se réjouir. Le français, d’abord, est plutôt bien traité - même si, évidemment, personne ne peut ici rivaliser avec Lionel Lhote, Pandolfe débonnaire et stylistiquement de référence, très en (belle) voix à l’inverse des chanteurs en fin de carrière si souvent distribués. Danielle de Niese est charmante en Cendrillon, tessiture homogène, ligne polie, parfaitement appariée au Prince charmant non moins stylé de Kate Lindsey, tous deux couvés par une Nina Minasyan qui a les suraigus de la Fée mais aussi de la chair dans le timbre. On confie souvent les numéros de Madame de la Haltière à des chanteuses en fin de course, mais Agnes Zwierko a la voix tellement trouée qu’il lui arrive de chanter très faux. Visiblement, John Wilson ne croit pas non plus aux contes de fées : direction plus brillante que poétique, mais pétillante et théâtrale. Quoi qu’il en soit, malgré les mérites musicaux de cette Cendrillon, on en restera au tandem De Billy/Pelly (DVD Virgin Classics).


Didier van Moere