The Rake's Progress

Stravinsky

le 12/11/2020

par Didier van Moere

William Morgan (Tom Rakewell), Aphrodite Patoulidou (Anne Trulove), John Taylor Ward (Nick Shadow), Kate Howden (Baba la Turque), Erik Rosenius (Father Trulove, Mother Goose), Ziad Nehme (Sellem). Orchestre et Ensemble vocal de Göteborg, dir. Barbara Hannigan. Mise en espace : Linus Fellbom (enr. 2020).
Accentus Music ACC20420. 2 DVD. Présentation trilingue (angl., all., fr.). Distr Outhere.

Ce n’est pas là un Rake’s Progress comme les autres : il ne s’agit pas seulement d’une production, mais du processus qui y a conduit, présenté dans un second DVD « Taking Risks ». Barbara Hannigan, en effet, a conçu une entreprise de mentorat, « Equilibrium Young Artists », destinée à sélectionner et à accompagner de jeunes chanteurs pour chanter l’opéra de Stravinsky. Quand beaucoup, sinon tous, sont bons, le choix est difficile, douloureux même – 125 ont été auditionnés. Les appelés non élus doivent être aussi accompagnés, écoutés, avec leurs doutes et leurs questionnements. Toujours à l’écoute, la Canadienne a convoqué, pour échanger, Natalie Dessay, qui sait le poids d’une carrière, Daniel Harding, qui débuta très jeune, et le professeur de yoga Phyllis Ferwerda.

Reste à juger le produit fini qui, face aux grandes versions du Rake’s, tient fort bien la route à défaut de pouvoir entrer en concurrence directe avec elles. Tom stylé et sensible de William Morgan, juste un peu éprouvé çà et là, Anne fraîche mais sûre d’Aphrodite Patoulidou, certes un peu légère parfois, Baba savoureusement déjantée de Kate Howden, Nick insinuant ou incisif de John Taylor Ward, bon père de famille ou Mother Goose ambiguë d’Erik Rosenius, Sellem bien chantant de Ziad Nehme – qui se rêvait en Tom et le sera sans doute un jour : voilà un bel ensemble, vocalement très solide, jeune mais déjà mûr.

Barbara Hannigan fut Anne à ses débuts, elle dirige maintenant l’orchestre. Elle a du bras et du rythme, tient impeccablement ses musiciens. Certes, elle a tendance à d’abord accompagner, couvant ses recrues et chantant avec elles, un peu au premier degré d’une musique qu’il faut surtout penser au second. Les chanteurs sont devant l’orchestre, Linus Fellbom ayant limité le dispositif scénique à une boîte et conçu sa mise en espace comme un rituel atemporel, dont Barbara Hannigan, le chœur et l’orchestre sont également parties prenantes. Pas de message particulier, mais une direction d’acteurs efficacement affûtée : les personnages existent et on y croit.


Didier van Moere