Le Vaisseau fantôme

Wagner

le 24/08/2020

Révérence

par Jean-Charles Hoffelé

Thomas Gazheli (Le Hollandais), Marjorie Owens (Senta), Bernhard Berchtold (Erik), Mikhail Petrenko (Daland), Annette Jahns (Mary), Timothy Oliver (Le Pilote), Coro Ars Lyrica, Chœur et Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino, dir. Fabio Luisi, mise en scène : Paul Curran (Florence, janvier 2019).
C Major 7539808. 2 DVD. Notice et synopsis en français, anglais, allemand. Distr. DistrArt Musique.

Fabio Luisi aura ouvert sa saison inaugurale au Maggio Musicale Fiorentino sous le signe de Wagner, seul le public florentin a pu s’en étonner, le chef suisse étant notoirement versé dans le répertoire germanique. Ce sera donc Le Vaisseau fantôme, et même s’il ne choisit pas de donner la version originale de 1843, c’est bien l’œuvre d’un jeune homme qu’il fait entendre, celle d’un génie alors encore entièrement plongé dans le premier romantisme, celui du Weber de la Gorge aux loups.

L’ouverture file, les chœurs des marins sont emplis d’écume, la puissance descriptive de cette direction va porter toute la soirée dans une atmosphère électrique. Qui dirigeait avec tant de feu le Vaisseau jadis ? Clemens Krauss puis Wolfgang Sawallisch, belle parenté.

Sur cet orchestre océanique une distribution de haut vol achève de faire la soirée quasiment historique dans les annales du chant wagnérien récent : Thomas Gazheli est de stature autant que de voix – ce timbre amer qui charbonne évoque celui de Hermann Uhde – un Hollandais maudit et bouleversant pourtant face au Daland plus jeune de voix, d’allure qu’à l’accoutumée, mais d’autant plus rapace de Mikhail Petrenko : serait-il le portrait inversé du Hollandais ? Le jeu de miroirs est plus d’une fois troublant. Un Eric ardent, suprêmement bien chantant comme le fut jadis Ernst Kozub et qu’il faudra suivre, Bernhard Berchtold, une Mary alerte, très présente, tous s’inclinent devant la révélation de la soirée : Marjorie Owens, voix longue, aigus dardés, phrasés amples, voilà la grande Senta de demain.

Comme la mise en scène subtile de Paul Curran ne batifole pas à coté de l’action, concentrée sur les personnages – sa translation au début du XXe siècle (les fileuses sont sur machines Singer) est indolore –, on se laisse emporter dans cette ballade, océan immense que les vidéos cousent mal à la scène mais qui, à coup sûr, aidé par un orchestre formidable, engloutit les corps et les âmes.

Jean-Charles Hoffelé