Nabucco

Verdi

le 17/07/2020

par Chantal Cazaux

Amartuvshin Enkhbat (Nabucco), Ivan Magrì (Ismaele), Michele Pertusi (Zaccaria), Saioa Hernández (Abigaille), Annalisa Stroppa (Fenena), Gianluca Breda (le Grand Prêtre de Baal), Manuel Pierattelli (Abdallo), Elisabetta Zizzo (Anna), Filarmonica A. Toscanini, Orchestra Giovanile della Via Emilia, Chœur du Teatro Regio de Parme, dir. Francesco Ivan Ciampa, mise en scène : Stefano Ricci (Parme, 29.IX.2019).
DVD Dynamic 37867. Notice et synopsis ital./angl. Distr. Outhere.

Quand un éditeur vidéo publie la captation d’une production dont les commentateurs eux-mêmes avouent n’avoir saisi le sens que grâce à la note d’intention du metteur en scène figurant dans le programme de salle, il serait bien inspiré d’enrichir son livret d’accompagnement de ladite note. Ce n’est hélas pas le cas ici, et la confrontation par le seul écran au « projet créatif Ricci/Forte » (puisque à Stefano Ricci s’adjoint Gianni Forte) nous laisse donc à notre perplexité. En effet, le Festival Verdi 2019 proposait un Nabucco relu à la mode contemporaine : dès l’ouverture, le décor principal (un navire militaire) est parcouru par des soldats se déplaçant en hoverboard ; les Hébreux sont des migrants recueillis à son bord sans ménagement, et parqués à fond de cale au milieu d’œuvres d’art en transit. Las, cette transposition géopolitique, à première vue presque séduisante, ne fonctionne finalement pas et, surtout, évacue voire retourne les enjeux de l’ouvrage : au lieu d’une invasion par les Assyriens du temple de Jérusalem, une arrivée des Hébreux sur le vaisseau (as)syrien ; au lieu d’un monarque se proclamant dieu, un capitaine en crise de leadership. Seul le thème de l’exil, et avec lui le fameux « Va pensiero », se trouve servi par l’idée clé.

La chose est d’autant plus regrettable que la production est visuellement souvent puissante (principalement grâce au décor de Nicolas Bovey, où Stefano Ricci sait disposer les masses chorales de façon expressive, et aux éclairages tranchants d’Alessandro Carletti), et musicalement d’un excellent niveau. Le baryton mongol Amartuvshin Enkhbat possède les moyens et le ton de Nabucco, son autorité un peu brutale puis sa folie exaltée. La présence de Michele Pertusi est gage de qualité : son Zaccaria est aussi profond qu’éloquent, et un sans-faute stylistique. Ivan Magrì sert si bien Ismaele qu’il lui donne une épaisseur peu souvent rencontrée, face à deux sœurs on ne peut mieux opposées : Annalisa Stroppa incontestable en Fenena lyrique et souple, et, en Abigaille, une Saioa Hernández au chant impérieux, parfois un rien dur mais passant les obstacles avec rigueur et confort. Surtout, la direction de Francesco Ivan Ciampa et les phalanges que mène sa baguette enthousiasment : c’est vif et tendu – sans pour autant aucun dérapage de mise en place –, architecturé, convaincant. Une vidéo que l’on gagnera à savourer avec un peu de documentation supplémentaire…

Chantal Cazaux