Weisse Rose

Udo Zimmermann

le 30/06/2020

par Pierre Rigaudière

Grażyna Szklarecka (Sophie Scholl), Frank Schiller (Hans Scholl), Musica Viva Ensemble Dresden, dir. Udo Zimmermann (1988).
Brilliant Classics 95125. Notice en anglais et allemand, pas de livret (disponible en ligne). Distr. DistrArt Musique.

Ces « scènes pour deux chanteurs et ensemble instrumental » ne sont pas un opéra. Le synopsis qui les sous-tend est minimal, il ne s’y trame aucune action, et pourtant la tension émotionnelle y est permanente. C’est que le montage de textes réalisé par Udo Zimmermann et Wolfgang Willaschek aborde le contexte historique de la résistance munichoise au nazisme, vu sous l’angle du destin tragique des frère et sœur martyrs Hans et Sophie Scholl, mais à travers le prisme de leurs tourments psychologiques pendant la dernière heure qui précède leur exécution en février 1943.

Le drame intérieur qui se joue en seize scènes condensées est porté par une écriture vocale dont la sobriété requiert un alliage d’intensité et de retenue. Enregistrée dans l’élan du vif succès de la création de la version révisée à Hambourg en 1986 mais avec des musiciens munichois (CD Orfeo), la version dirigée par le compositeur réussissait magistralement cette délicate alchimie. Deux ans plus tard, Zimmermann grave de nouveau Weisse Rose, cette fois avec l’ensemble Musica Viva de sa Dresde natale. Grâce à la réverbération de la Lukaskirche – transformée en studio d’enregistrement depuis le début des années 70 – la prise de son est plus enveloppante et cependant plus claire. La différence la plus immédiatement perceptible est ici la voix plus légère et plus juvénile de Grażyna Szklarecka, qui sonne comme un soprano léger là où Gabriele Fontana tendait vers une largeur de mezzo-soprano. Si, ponctuellement, les deux apparitions d’un « Kinderlied » bénéficient de cette fraîcheur – de façon générale, Szklarecka n’est jamais aussi juste que dans les moments où elle investit vocalement, par détimbrage et réduction du vibrato, la fragilité désarmée de son personnage –, la projection très homogène nous oriente parfois davantage vers le lyrisme que vers le drame à nu. De ce point de vue, Fontana garde l’avantage d’une palette plus large qui, entre désespoir exsangue et emphase expressionniste, accentue le potentiel dramatique de la partition, ce que l’on ressent également dans les assez nombreuses interpolations parlées.

Hans est ici campé par un baryton, certes assez léger, mobile dans l’aigu et très à l’aise dans cette partie plutôt conçue pour un ténor. Frank Schiller apporte ici une homogénéité et une ductilité qui n’étonnent guère de la part de ce spécialiste de Bach, parfaitement dans son élément lorsque survient justement, sur fond de marche funèbre, une allusion à l’univers de la cantate. On pourra néanmoins préférer le Hans de Lutz-Michael Harder, non pas tant pour son timbre de ténor marqué dans l’aigu par une forte couleur de falsetto que pour son choix d’une voix désincarnée, presque spectrale, pour figurer l’état d’hébétude dans lequel se trouve par moments plongé le jeune condamné.

Le naturel avec lequel respire cette Weisse Rose profite à une musique au spectre stylistique assez large, nourrie d’impressionnisme autant que d’expressionnisme. Mais les aspérités contrôlées de la version enregistrée en 1986 à Munich, qui la rendaient plus humaine encore, font ici défaut.

Pierre Rigaudière