The Fisherman and His Wife

Gunther Schuller

le 18/06/2020

par Pierre Rigaudière

Sondra Kelly (Ilsebill, L’Épouse), Steven Goldstein (Le Pêcheur), David Kravitz (Le Poisson Magique), Katrina Galka (Le Chat), Ethan DePuy (Le Jardinier). Boston Modern Orchestra Project/Odyssey Opera, dir. Gil Rose (2015).
BMOP 1070. 1h05. Notice et livret en anglais. Distr. amt public relations.

Tout le monde connaît, au moins dans ses grandes lignes, Le Pêcheur et sa Femme. C’était un avantage pour le librettiste, John Updike, certain que ses variantes, même minimes, seraient immédiatement perçues dans leur distance comique avec le conte original des frères Grimm. L’ajout du rôle du Chat par exemple, qui sert de lien entre les personnages comme entre les scènes, nous vaut un dialogue croustillant au cours duquel le félin s’étonne de ce que le Poisson Magique soit doté de la parole, l’étonnement étant manifestement à sens unique.

Pour le compositeur, tributaire d’une structure narrative à la fois répétitive (les exigences successives de la femme) et en crescendo (leur démesure croissante), le défi consiste à déjouer la sensation de parcours obligé. Sans chercher à lutter contre les éléments, Gunther Schuller le relève de façon convaincante : tout en s’appuyant sur une tension croissante de la musique orchestrale associée à une mer de plus en plus menaçante, il ménage entre ces jalons prévisibles des ambiances musicales diversifiées. L’intégration à un orchestre de chambre d’une guitare et d’une basse électriques, de sons de synthétiseur vintage et de deux saxophones contribue à la variété de ces climats, même si l’on s’attendait de la part de l’initiateur du « Third Stream » à des sections de jazz improvisé bien plus développées que les discrètes interpolations qu’il concède ici.

Un casting vocal de bonne qualité assure, outre la fluidité de lignes que le langage atonal dominant ne rend guère évidentes, un dosage subtil de la part buffa que comporte, à l’exception de celui du Pêcheur, chacun des rôles. On pourra cependant trouver un peu trop insistant le vibrato de la mezzo-soprano Sondra Kelly qui, comme l’épaisseur de son timbre, aurait par moments gagné à être estompé. Bien qu’assez large pour couvrir tous les états émotionnels d’un Pêcheur mis à rude épreuve par son épouse, la palette du ténor Steven Goldstein manque un peu d’éclat en raison d’un timbre parfois légèrement nasalisé. Philosophe malgré son agacement croissant, le Poisson Magique du baryton David Kravitz penche, avec son élocution volontairement traînante, du côté de la comédie musicale.

La figure additionnelle du Chat se justifie pour des raisons musicales plus encore que dramaturgiques, tant l’apport de luminosité d’une Katrina Galka particulièrement agile dans l’aigu de son soprano colorature est décisif pour l’équilibre de l’opéra. Gil Rose et les musiciens du Boston Modern Orchestra Project, dont on avait apprécié la prestation dans Fantastic Mr. Fox de Tobias Picker, confèrent une belle tenue à ce petit effectif. Voilà une production très soignée qui plaide avec bonheur la cause du conte opératique.

Pierre Rigaudière