Miriways

Telemann

le 27/05/2020

par Olivier Rouvière

André Morsch (Miriways), Robin Johannsen (Sophi), Sophie Karthäuser (Bemira), Lydia Teuscher (Nisibis), Michael Nagy (Murzah), Marie-Claude Chappuis (Samischa), Anett Fritsch (Zemir), Akademie für alte Musik Berlin, dir. Bernard Labadie (2017).
Pentatone PTC 5186 842 (2 CD). 2h40. Notice en anglais. Distr. Pentatone.


Miriways
n’est pas le nom d’une barre chocolatée, mais la forme occidentalisée de Mir Wais Khan Hotak, patronyme d’un chef afghan qui, vers 1710, délivra son pays de la domination perse. En 1723 (deux ans après la parution des Lettres persanes de Montesquieu), il devint le héros d’un roman qui le surnomma « le Cromwell perse » et, en 1728, celui d’un opéra de Telemann destiné à l’Opéra de Hambourg. Notons qu’il y avait quelque hardiesse à porter sur la scène lyrique un sujet aussi contemporain ! Pour le reste, le livret ne passionne guère, le rôle-titre se bornant à y arbitrer les amours de deux couples : celui que doit former sa propre fille avec le fils du Shah de Perse, et celui qui unira la jeune veuve Nisibis au naïf Murzah, une fois écarté le fourbe Zemir… Des plus de cinquante opéras que Telemann se vantait d’avoir composés, moins de trente nous sont parvenus, dont seulement neuf dans leur intégralité : tel est le cas de Miriways, œuvre colorée et vive mais pas aussi originale que La Patience de Socrate (1721) ou Orpheus (1726), pour citer deux autres ouvrages révélés par le disque. Intégralement en allemand (contrairement aux deux titres ci-dessus), Miriways est écrit pour des voix « naturelles » - pas de castrat, à Hambourg ! -, cinq sopranos/mezzos et deux barytons, auxquelles on ne demande pas de grands prodiges : même si l’écriture vocale est soignée, elle s’avère moins intéressante que la texture orchestrale, dont les parties de cors, notamment, apparaissent redoutables. Les marches et chœurs évoquent l’exotisme perse par le biais de percussions et de rythmes empruntés à l’Europe de l’Est, tandis que le goût hambourgeois pour des textures raffinées est flatté par le délicieux « sommeil » de Nisibis ou l’air final du rôle-titre, où intervient le hautbois d’amour.

En 2012, l’œuvre avait déjà été enregistrée par Michi Gaigg pour CPO, au prix de quelques coupures. La présente édition en comporte aussi, qui ne sont pas toujours identiques : Gaigg sauvait deux ou trois danses alors que Labadie préfère préserver les da capo. La version de Pentatone, globalement plus expressive, n’a que le défaut d’avoir été captée en direct, dans l’espace trop vaste de la Laeiszhalle de Hambourg – d’où une image parfois confuse et quelques scories dans le jeu orchestral. Néanmoins, avec des effectifs un peu plus fournis que l’Orfeo Barockorchester, l’Akademie für alte Musik et son chef se montrent plus investis, plus ardents (les cordes !) et plus théâtraux que leurs prédécesseurs. La nouvelle équipe vocale est aussi globalement plus convaincante, surtout en ce qui concerne les belles incarnations de Sophi (mordante Johannsen) et de Samischa (soyeuse Chappuis). Morsch campe un Miriways viril à souhait, en dépit d’un grave limité, Nagy un Murzah au chant raffiné et Teuscher une pétillante Nisibis – mais ces rôles étaient déjà correctement tenus chez CPO. Nos seules réserves vont à Karthäuser, au timbre un peu sec, et à Fritsch, légèrement mise à mal par la tessiture ambiguë de Zemir. Néanmoins, on peut dire que Miriways, opéra de second rang, est désormais bien représenté au disque…

Olivier Rouvière