Kleider machen Leute

Joseph Suder

le 04/03/2020

par Didier van Moere

Klaus König (Ladislaus Strapinski), Morris Morgan (le Bourgmestre de Goldach), Pamela Coburn (Annette), Wolfgang Probst (Melchior), Wilfried Plate (l’Aubergiste), Susanne Klare (Vreneli), Jan-Hendrik Rootering (le Policier), Klaus Geber (le Facteur), Bernd Nachbaur (le Cocher), Brigitte Lindner (un Jeune Homme), Dietrich Pauli (un Serviteur), Fritz Strassner (Jodokus Ehrenwert). Chœur de la Radio bavaroise, Bamberger Symphoniker, dir. Uwe Mund (enr. studio 1983-1984).
Orfeo C 124 862 H. Présentation et synopsis trilingues (all., angl., fr.), livret bilingue (all., angl.). Distr. DistrArt Musique.

À lire la nouvelle de Gottfried Keller, l’habit peut faire le moine : un apprenti tailleur, chassé par son patron, se fait passer pour un riche aristocrate, est démasqué au moment d’épouser la fille d’un bourgmestre, mais sera finalement pardonné. Il est vrai qu’il joue du violon en virtuose : il vivra en artiste, uni à sa bien-aimée. Bien oublié aujourd’hui, Joseph Suder (1892-1980) a tiré de tout cela le livret d’un opéra, qu’il acheva en 1934. En des temps peu propices à sa création, il dut se contenter d’en diriger des extraits à la Radio de Munich en 1937, en attendant que l’Opéra de Cobourg ne mette l’œuvre à l’affiche… 27 ans plus tard. Cela tenait sans doute plus au sujet qu’à la musique : l’opéra en cinq tableaux constitue un avatar du drame wagnérien revu par Strauss, auquel il fait souvent penser par le langage et l’euphorie orchestrale. Mais il n’a pas son sens du théâtre, son écriture est moins subtile et l’œuvre, si elle ne manque ni de rythme ni de passages réussis, comme la scène avec le violon de Ladislaus, la fugue chorale, le duo d’amour de la fin, tourne parfois un peu à vide.

C’est Munich qui ressuscita ce Kleider machen Leute en 1980, trois ans avant que le disque s’y intéresse. Trois décennies après, l’enregistrement tient très bien le coup, sous la direction généreuse et enthousiaste d’Uwe Mund à la tête d’un excellent Orchestre de Bamberg – dont le directeur, à l’époque, était Witold Rowicki. Distribution homogène et de haut rang : le Ladislaus de Klaus König est solide sans s’époumoner, Pamela Coburn, bien que trop légère ici, une délicieuse Annette, et tous deux sont entourés de belles voix bien conduites – Jan-Hendrik Rootering en Policier, c’est même du luxe.

Vous écouterez donc avec plaisir. Et vous comparerez à l’opéra de Zemlinsky sur le même sujet, créé en 1910 à Vienne, puis à Prague douze ans plus tard dans une version révisée, que Ralf Weikert a superbement enregistré en 1990 (Koch Schwann). Passionnant exercice, qui montre que la partie n’est pas vraiment égale… mais à vous de juger.

Didier van Moere