Les Sept Péchés capitaux

Weill

le 20/01/2020

par Louis Bilodeau

Anja Silja (Anna I et Anna II), Julius Pfeifer (ténor), Alexander Yudenkov (ténor), Bernhard Hartmann (baryton), Torsten Müller (basse), SWR Rundfunkorchester de Kaiserlautern, dir. Grzegorz Nowak (2002).
En supplément : Quodlibet, op. 9.
SWR Music SWR19519CD. Présentation en allemand et en anglais. Distr. Outhere.

 
Avouons-le sans ambages : pas plus que dans la Jenny de Mahagonny, qu'elle enregistra en 1985 avec Jan Latham-König, Anja Silja ne nous semble réellement dans son élément dans Les Sept Péchés capitaux. Artiste éminemment intelligente ayant su tirer le parti le plus étonnant d'un organe assez peu remarquable en soi, la soprano fait ici de l'opéra, alors qu'elle devrait au contraire oublier la technique – en partie défaillante au demeurant – pour tenter d'approcher le naturel des grandes diseuses. Pour s'en convaincre, il suffit de la comparer avec la magistrale Gisela May (1924-2016), plus vraie que nature dans l'enregistrement réalisé sous la direction de Herbert Kegel en 1966. Si le quatuor masculin s'avère particulièrement satisfaisant, on ne saurait en dire autant du chef Grzegorz Nowak, qui, à la tête de l'Orchestre de la radio de Kaiserslautern, propose une lecture excessivement policée, aux arêtes trop arrondies, manquant du côté incisif sans lequel Weill paraît bien assagi.

En complément de programme au ballet chanté, on trouve le rare Quodlibet (op. 9), suite pour orchestre que le compositeur réalisa à partir de la pantomime pour enfants Zaubernacht (Berlin, 1922). Dédiée à son ancien maître Albert Bing (1884-1935), l'œuvre fut créée sous la direction de son dédicataire au Friedrich-Theater de Dessau en 1923. D'une durée de 25 minutes et divisée en quatre mouvements, la partition du compositeur de 23 ans révèle des dons exceptionnels dans le maniement des couleurs orchestrales, sans que soit encore pleinement présent ce style qui deviendra bientôt si aisément reconnaissable. C'est peut-être surtout pour ce supplément, où le chef parvient davantage à fouetter l'ardeur de ses troupes, que l'on voudra acquérir ce disque.

Louis Bilodeau