I Lombardi alla prima crociata

Verdi

le 19/02/2019

par Chantal Cazaux

Giuseppe Gipali (Arvino), Alex Esposito (Pagano), Lavinia Bini (Viclinda), Angela Meade (Giselda), Francesco Meli (Oronte), Antonio Di Matteo (Pirro), Giuseppe Capoferri (Acciano), Alexandra Zabala (Sofia), Joshua Sanders (le Prieur de Milan), Chœur et Orchestre du Teatro Regio, dir. Michele Mariotti, mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera (Turin, 17-22 avril 2018).
DVD Dynamic 37826. Notice et synopsis angl./ital. Distr. Outhere.

 

Production et captation clivées : il faut en oublier le théâtre pour admirer une réalisation musicale d’une rare qualité. Notons que le même clivage frappait la version vidéo de référence des Lombardi (Gavazzeni/Lavia, Milan 1984).

Rien de laid à l’œil au demeurant, mais le fait même que la scénographie ait servi, un an plus tôt, à Jérusalem (adaptation française des Lombardi réalisée par Verdi en 1847 pour Paris) lors de sa programmation à l’Opéra royal de Wallonie révèle que son aspect décoratif prime sur sa pertinence réelle : les costumes de Fernand Ruiz confondent dans une même esthétique d’heroic fantasy les Lombards et les Musulmans, et l’extrait projeté d’Alexandre Nevski, pour frappant qu’il soit (merci Eisenstein), cache mal son manque complet d’à-propos avec les croisades, sauf à se contenter d’un banal point commun (la guerre)... Les décors de Jean-Guy Lecat offrent, eux, un fond assez élégant (évocation de Sant’Ambrogio, palais d’Antioche stylisé, grotte de Pagano presque abstraite) à une mise en scène bien oublieuse : de direction d’acteurs, de gestion des chœurs, de gestuelle sous-tendant l’intention en plus d’illustrer le mot, on n’en trouvera pas ici.

En passant outre cette morne impression théâtrale, on appréciera une soirée musicale qui fait honneur au Teatro Regio et rend aux Lombardi la vérité de ce qui fit leur succès à La Scala en 1843, un an après celui de Nabucco : des pages chorales intenses, des trouvailles orchestrales savoureuses, des enjeux dramaturgiques qui croisent destins individuels et nations écartelées, un portrait vocal puissant (Giselda) – et ce, en dépit d’un livret mal construit qui multiplie les personnages quitte à en oublier en route... La direction de Mariotti est vive et bien architecturée, l’orchestre lui répond avec un réel sens dramatique et les chœurs du Teatro Regio sont exactement à la mesure de la partition qu’ils défendent : belle homogénéité, précision et engagement tout à la fois. Côté vocal, c’est fête jusque chez les comprimari – à l’exception du Prieur de Milan, par trop fragile : le Pirro d’Antonio Di Matteo, par exemple, est superbe. Pagano intense d’Alex Esposito, qui équilibre profondeur et mordant dans un style châtié, Arvino bien tenu de Giuseppe Gipali, Oronte tout à la fois exalté, nuancé et attachant de Francesco Meli, et splendide Giselda d’Angela Meade : la voix est aussi ample que ciselée, l’artiste est admirable dans chaque pianissimo flottant, délicate autant que généreuse dans son appréhension du mot et du son – plénitude et sensibilité réunies pour un chant verdien de haute école.

Comme on voudrait voir ces artistes autrement dirigés sur scène, pour réinventer un théâtre verdien à la mesure de leur qualité musicale !

Chantal Cazaux