La Chauve-Souris

Johann Strauss

le 17/01/2019

par Louis Bilodeau

Nikolai Schukoff (Gabriel von Eisenstein), Laura Aikin (Rosalinde), Jochen Schmeckenbecher (Frank), Elisabeth Kulman (Orlofsky), Christian Elsner (Alfred), Mathias Hausmann (Falke), Alexander Kaimbacher (Blind), Annika Gerhards (Adele), Alice Waginger (Ida), Kurt Rydl (Frosch). Radiophilharmonie et Chœur de la NDR (Hanovre), dir. Lawrence Foster (2018).
Pentatone PTC 5186 635 (2 CD). Notices et livret en allemand et en anglais. Distr. Outhere.


Un peu moins de trois ans après un Baron tzigane aux mérites très variés (lire notre compte rendu), voici que Pentatone édite cette Chauve-Souris avec la même équipe, soit Lawrence Foster, la Radiophilharmonie de Hanovre et le ténor Nikolai Schukoff, qui a aussi adapté les dialogues. Encore une fois, le chef et son orchestre nous comblent grâce à une interprétation pétillante à souhait qui nous emporte dans un merveilleux vertige de l'esprit et des sens. Grâce à une prise de son qui met particulièrement bien en valeur l'orchestre, la partition de Strauss sonne avec une précision et un entrain exceptionnels. Si les chœurs se situent au même niveau d'excellence, il en va tout autrement avec la distribution, qui ne répond que de façon bien partielle à nos attentes. Pas davantage qu'en baron tzigane, Nikolai Schukoff ne peut faire illusion dans le rôle d'Eisenstein : l'émission vocale est constamment contrainte, le timbre rocailleux et la caractérisation du personnage à peu près inexistante. L'autre ténor de la pièce, Christian Elsner, est un remarquable chanteur wagnérien, mais son Alfred à la voix de stentor semble terriblement à l'étroit dans l'univers tout en délicatesse de Johann Strauss. Rosalinde trouve en Laura Aikin une interprète sensible, au timbre agréable et qui se tire plutôt brillamment des multiples embûches de la csárdás. Elisabeth Kulman possède elle aussi l'abattage et les qualités vocales nécessaires pour rendre truculent son prince Orlofsky. Le même commentaire s'applique au Falke de grand luxe de Mathias Hausmann. En Adele, Annika Gerhards laisse cependant beaucoup plus perplexe en raison d'un manque de souplesse qui l'empêche de s'épanouir librement dans « Mein Herr Marquis ». Quant à Kurt Rydl, on se demande quelle mouche l'a piqué pour qu'il accepte d'endosser le rôle de Frosch. Aspirant à une carrière lyrique et seul « invité » de la soirée, Frosch vient ici passer une audition chez le prince Orlofsky... C'est ainsi qu'on entend la « Chanson de la puce » de Moussorgski en plein bal du deuxième acte ! Aux prises avec un instrument usé jusqu'à la corde, Kurt Rydl n'y est plus que l'ombre de lui-même, comme il le montre aussi dans l'extrait de L'Enlèvement au sérail (« Ha, wie will ich triumphieren ») qu'il entonne au dernier acte. Mieux vaut en somme oublier ces tristes échos d'une gloire passée pour se concentrer sur la lecture électrisante de Lawrence Foster.

Louis Bilodeau