Mary, Queen of Scots

Thea Musgrave

le 19/11/2018

par Jean-Charles Hoffelé

Ashley Putnam (Mary), Jake Gardner (James Stewart, Comte de Moray), Jon Garrison (Lord Darnley), Barry Busse (James Hepburn, Comte de Bothwell), Carlos Serrano (le Cardinal Beaton), Kenneth Bell (David Riccio), Solistes, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Virginie, dir. Peter Mark (Norfolk, Virginie, 2 avril 1979).
Lyrita SRCD2369 (2 CD). Notice et livret en anglais. Distr. Outhere.

Le 27 mai dernier, on célébrait les quatre-vingt-dix ans de Thea Musgrave, figure de proue de la nouvelle musique anglaise à compter des années soixante et compositeur majeur de la scène lyrique : dix opéras entre 1955 et 2003, constance qu’aucun autre compositeur britannique de sa génération n’aura affichée, et certainement pas ses consœurs et aînées Grace Williams et Elizabeth Maconchy. Lorsque Thea Musgrave chercha le sujet de son futur opéra, elle le trouva chez la librettiste de son précédent ouvrage lyrique, The Voice of Ariadne, Amalia Elguera, auteur de Moray, une pièce de théâtre narrant les amours de James Stewart, Comte de Moray, et de Mary Stuart. Ce sujet écossais sous la plume d’un compositeur écossais convenait idéalement à un opéra commandé par le Festival d’Édimbourg, où il fut créé en septembre 1977. Thea Musgrave centra son ouvrage autour de Mary alors même que le personnage central de la pièce originale était James Stewart, Amalia Elguera reprenant son ouvrage avec un certain brio : soudain tous les visages de Mary paraissaient, offrant à Thea Musgrave un formidable jeu de miroirs autour du drame de la reine d’Écosse, que l’on suit de son retour de France à son abdication.

Quel personnage pour la plume de Thea Musgrave, qui dresse le portrait d’une femme volontaire mais brisée par l’appétit de domination sexuelle et de pouvoir politique des hommes qui la pousseront à sa perte, la livrant à sa cousine Elizabeth et finalement au billot du bourreau… Il fallait bien le grand soprano plein de caractère d’Ashley Putnam pour incarner cette reine rebelle, cette amoureuse trahie, elle empoigne ce rôle avec une ardeur qui laisse pantois. Face à ses abîmes et ses interrogations, le James Stewart rogue, violent de Jake Gardner impressionne par la violence d’un chant que Thea Musgrave approche au plus près de la parole -­ d’ailleurs seule Mary ici déploie une vraie vocalité lyrique.

La force de l’ouvrage tient à la concentration des scènes intimes que balancent les tableaux d’apparat comme la réception de Lord Darnley, occasion de danseries où soudain l’orchestre si habilement composé par Musgrave se métamorphose. On tient ici la création américaine de l’œuvre, rendue possible par le concours financier de la Fondation Rockefeller ; Thea Musgrave, depuis bien des années installée aux États-Unis, était dans la salle, son mari à la ville, Peter Mark, dirigeait la représentation en faisant de ce témoignage enfin disponible un document historique qui donne envie d’en savoir plus sur les neuf autres opéras de ce compositeur majeur pour le théâtre lyrique de la seconde moitié du XXe siècle.

Jean-Charles Hoffelé