Madame Butterfly

Puccini

le 14/11/2018

par Alfred Caron

Ermonela Jaho (Cio-Cio San), Marcelo Puente (Pinkerton), Scott Hendricks (Sharpless), Elizabeth DeShong (Suzuki), Carlo Bosi (Goro), Jeremy White (Le Bonze), Yuriy Yurchuk (Le Prince Yamadori), Emily Edmonds (Kate Pinkerton). Chœur et Orchestre du Royal Opera House, Covent Garden, dir. Antonio Pappano. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser (Londres 2017)
Opus Arte OA 1268. Notice en anglais, français et allemand. Distr. DistrArt Musique.


Dans cette production créée à Covent Garden en 2003 et captée lors de sa reprise en 2017, Patrice Caurier et Moshe Leiser, habituellement si férus de transpositions, s’en sont tenus à une vision très littérale, se concentrant entièrement sur la protagoniste. Dans un décor minimaliste, leur mise en scène élimine le plus possible les éléments de contexte - n'était une splendide vue de la baie de Nagasaki dans la scène d'ouverture entre Pinkerton, Goro et Sharpless –, et s’en tient à une vision stylisée installée dans un grand espace nu, fermé de panneaux coulissants laissant apercevoir à chaque tableau des images inspirées de l’iconographie japonaise. Si un opéra du répertoire repose entièrement sur le rôle-titre, c’est bien Madame Butterfly. Le drame de l'héroïne y phagocyte toute tentative de faire exister les autres personnages autrement que comme faire-valoir et adjuvants de la tragédie. Peu flattée par l'image et le maquillage blanc qui la fait ressembler à un masque de théâtre, Ermonela Jaho incarne la petite geisha dans un registre uniformément tragique et apparaît dès les premières scènes comme un être fragile et usé par la vie, qui se raccroche à Pinkerton de façon désespérée. Le manque de distance « critique » de l'approche – n'était la dernière image de l'enfant attendant la venue de son père les yeux bandés, un petit drapeau américain à la main, près du cadavre de sa mère – et le naturalisme exacerbé du jeu d’acteur que renforce une captation dominée par les gros plans, ont tendance à faire ressortir une certaine grandiloquence du propos. La soprano albanaise impressionne par ses ressources vocales et sa projection, son timbre somptueux et son engagement dans un rôle qu’elle a fait sien depuis quelques années, avec une couleur et des nuances qui ne sont pas sans évoquer Maria Callas. Mais la vision que donne la production en réduit un peu l'impact, à force de surcharge dans la recherche de l'émotion. Portant beau dans son uniforme d'officier, Marcelo Puente est un Pinkerton au timbre séduisant et au registre aigu légèrement sous tension. Interprète solide du répertoire vériste, Scott Hendricks incarne Sharpless dans un sensible mélange d'autorité et de compassion. La Suzuki d'Elizabeth DeShong possède une authentique présence et l'ensemble des petits rôles, de Goro au Prince Yamadori en passant par Le Bonze et Kate Pinkerton sont tous très bien dessinés dans un registre très classique. À l'unisson d'une vision uniformément mélodramatique, Antonio Pappano donne une lecture contrastée et d'une grande intensité dans les moments dramatiques comme dans les scènes lyriques, à la tête d'un orchestre proprement éblouissant, notamment dans le grand intermezzo symphonique du troisième acte. Une version très classique à recommander aux admirateurs d'Ermonela Jaho mais qui ne révèlera rien de bien nouveau aux connaisseurs de l'œuvre de Puccini.

Alfred Caron.