Héloïse et Abélard

Elizabeth Maconchy

le 29/08/2018

par Louis Bilodeau

Hannah Francis (Héloïse), Tom McDonnell (Abélard), Philip Langridge (Fulbert), English Symphony Orchesra, Croydon Philharmonic Choir, dir. James Gaddarn (BBC, 1979).
CD Lyrita REAM.1138. Livret en anglais. Distr. Outhere.

Élève de Vaughan Williams et très marquée par la musique de Bartók, Berg et Janáček, Elizabeth Maconchy (1907-1994) a composé une œuvre abondante comprenant, outre plusieurs quatuors à cordes et œuvres concertantes, de brefs opéras en un acte et de nombreuses œuvres chorales. Parmi ces dernières, sa « cantate dramatique » Héloïse et Abélard constitue selon le musicologue Paul Conway, auteur des notes accompagnant cet enregistrement, son magnum opus. Fruit d’une commande du Croydon Philharmonic Choir, l’œuvre fut écrite en 1977 et créée en mars 1979 ; c’est ce concert, diffusé par la BBC en novembre de la même année, que l’on entend ici. Pour évoquer le tragique destin des deux personnages, Elizabeth Maconchy a réuni un ensemble de textes provenant presque tous des écrits d’Abélard : Histoire de mes malheurs, deux hymnes latines et son Planctus (lamentation). D’une durée d’une heure et quart et comprenant neuf parties, la cantate est résolument tonale et réserve comme il se doit une importance prépondérante au chœur.

Dès le premier mouvement (« Resurrexit »), le ton grave et tourmenté place la passion des deux jeunes gens sous le signe de la tragédie. Brièvement évoqués dans la troisième partie, les plaisirs de l’amour cèdent bien vite le pas à l’affreuse vengeance du chanoine Fulbert, oncle d’Héloïse, et aux affres de la séparation. Comme l’ordre des deux noms du titre peut l’indiquer, Héloïse domine ici Abélard, à la fois par sa force de caractère et la densité musicale de son rôle. La meilleure preuve en est le mouvement 6, de loin le plus émouvant, qui juxtapose en un contraste frappant le chant extatique des religieuses et le cri éperdu de la femme entrée dans les ordres contre son gré. La soprano Hannah Francis s’y montre convaincante, encore que l’on puisse souhaiter une voix plus riche de couleurs. Précisons toutefois à sa décharge que la prise de son extrêmement lointaine – la bande provient d’un enregistrement fait à partir de la radio par Richard Itter, fondateur de la compagnie Lyrita – ne permet guère d’apprécier son interprétation à sa juste valeur. Tom McDonnell ne fait malheureusement pas le poids en Abélard en raison d’un matériau vocal usé, au fort vibrato et au timbre bien peu séduisant. Sans grande surprise, c’est Philip Langridge qui domine la distribution en prêtant à Fulbert des accents tour à tour déchirants et pleins d’une colère terrifiante. Si le Croydon Philharmonic Choir peine parfois à rendre pleinement justice aux subtilités de l’écriture de Machondy, James Gaddarn et l’English Symphony Orchestra contribuent à nous faire apprécier l’âpre beauté d’une œuvre qui mériterait de bénéficier du confort d’une prise de son professionnelle.

L.B.