Carlo Allemano (Dario), Sara Mingardo (Statira), Delphine Galou (Argene), Riccardo Novaro (Niceno), Roberta Mameli (Alinda), Lucia Cirillo (Oronte), Veronica Cangemi (Arpago), Romina Tomasoni (Flora), Cullen Candy (l’Ombre de Cyrus, Apollon), Orchestr du Teatro Regio, dir. Ottavio Dantone, mise en scène : Leo Muscato (Turin, avril 2017)
Blu-Ray Dynamic 57794. Distribution Outhere.

Ottavio Dantone a de la suite dans les idées : en 2013 Naïve enregistrait déjà, au long d’une tournée en Allemagne, cette Incoronazione, chef-d’œuvre parmi les premiers opéras de Vivaldi où le Prêtre roux affirme le haut style virtuose de son écriture vocale en même temps qu’il laisse son orchestre déborder de couleurs. L’enregistrement, après le modeste essai de Gilbert Bezzina et de ses Niçois, fit l’effet d’une bombe.

Cette fois l’épreuve de la scène ne sert que par ellipses les splendeurs d’un ouvrage qu’on voudrait voir comme on l’entend. Mais las ! La médiocre régie de Muscato, sa méchante transposition dans un XXe siècle émirati, avec sa pacotille et ses facilités, sera un terrible empêchement.

Alors ne regardez pas mais écoutez, car la troupe, pour l’essentiel identique à celle du disque, a trempé ses personnages dans l’action : la Statira naïve de Sara Mingardo double son personnage bêta – venu de Cavalli qui lui consacra un opéra éponyme – d’un timbre somptueux, Mameli et Cirillo font assaut de bel canto, mais c’est Delphine Galou qui emporte la palme, Argene retorse, dangereuse – la mauvaise de l’histoire –, incarnée avec un panache certain. Et Dario ? Carlo Allemano plafonne ses aigus, loin du brillant souvenir laissé par Dahlin. C’est le seul bémol sonore de ce Couronnement mené avec brio par Ottavio Dantone dans ce Teatro Regio où désormais Vivaldi est chez lui autant qu’à la Bibliothèque de Turin qui conserve le fonds fabuleux de ses trésors lyriques trop longtemps endormis.

J.-C.H.