Dead Man Walking

Jake Heggie

le 04/06/2012

par Pierre Rigaudière

Joyce DiDonato (Sister Helen Prejean), Philip Cutlip (Joseph De Rocher), Frederica von Stade (Mrs Patrick De Rocher), Measha Brueggergosman (Sister Rose), Hector Vásquez (George Benton), Cheryl Parrish (Kitty Hart), John Packard (Owen Hart), Susanne Mentzer (Jade Boucher), Jon Kolbet (Howard Boucher), Michael Sumuel (Motorcycle Cop), Beau Gibson (Father Grenville), Orchestra ad Chorus of Houston Grand Opera, dir. Patrick Summers (live, 2011).
Virgin Classics 6024632 5, 2 CD. Synopsis et présentation en anglais, français et allemand. Livret disponible en ligne uniquement. Distr. Warner Music.

À sa parution en 1993, le roman Dead Man Walking de Sœur Helen Prejean fut pour de nombreux Américains le catalyseur d’une réflexion sur le thème de la peine capitale. Source directe du livret de Terrence McNally pour l’opéra éponyme créé en 2000 à San Francisco, la religieuse militante engagée auprès de détenus des couloirs de la mort en est aussi la figure principale. Le sujet, qui peut difficilement laisser indifférent, offre un fort potentiel tant émotionnel que dramaturgique. Si on n’a donc guère d’occasion de s’ennuyer pendant les quelques deux heures vingt que dure cet enregistrement live réalisé l’an dernier à Houston, la musique de Jake Heggie est susceptible d’engendrer un certain agacement : versant volontiers soit dans un néoclassicisme banal (la basse descendante façon ground qui envahit presque toute la scène 8 du premier acte), soit dans le gospel et le blues (plus seyants), le compositeur se croit obligé d’y aller de son rock alors qu’est évoqué le King Presley (II, 3). Mais ce sont surtout les débordements alternativement tapageurs et mièvres de trop nombreuses pages directement inspirées par les musiques de blockbusters hollywoodiens qui alourdissent l’ouvrage. Était-il en outre vraiment nécessaire que la mise en scène inclue des bruitages réalistes ?

À défaut d’être originales, les lignes vocales sont en revanche fort bien écrites pour mettre en valeur un plateau luxueux. Measha Brueggergosman s’épanche avec une générosité communicative, Philip Cutlip incarne un Joseph De Rocher très crédible, alternant crudité provocatrice, détresse et remord. Joyce DiDonato donne l’impression de vivre intensément son personnage ; elle en transmet la foi, l’énergie et les déchirements, accompagnant ses différents états psychologiques des couleurs très finement nuancées. Devenue fragile et imprécise, la voix de Frederica von Stade aurait presque tendance à rendre plus émouvant encore le rôle de cette mère aimante qui sait son fils condamné. On lui doit finalement les moments les plus poignants, notamment la lecture maladroite d’un texte rédigé avec l’aide d’Helen (I, 7), puis l’air au cours duquel elle affirme son amour indéfectible pour un fils qui restera à jamais son « little boy » (II, 4). La confession de Joseph puis le pardon d’Helen font regretter que l’opéra ne s’aligne pas dans son entier sur la tenue de ces scènes les plus tendues et les plus sobres.

P.R.