Le Chalet

Adam

le 29/12/2017

par Louis Bilodeau

 

Sébastien Droy (Daniel), Jodie Devos (Bettly), Ugo Rabec (Max). Chœur et Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, dir. Guillaume Tourniaire (2016).

CD Timpani 1C1242. Livret en français et en anglais. Distr. Harmonia Mundi.

 

Premier triomphe d’Adolphe Adam, Le Chalet connut une carrière exceptionnelle à l’Opéra-Comique : créé en 1834, l’ouvrage atteignit la 1500e représentation en 1922 et fut donné jusqu’en 1927. À partir du Singspiel Jerry und Bätely (1780, musique de Seckendorff) de Goethe, Scribe et Mélesville ont troussé un amusant livret dont l’intrigue, située dans le canton d’Appenzell, met en scène trois personnages : la jeune Bettly, son frère Max et le fermier Daniel. Accablé par le dédain de Bettly, Daniel est prêt à s’enrôler dans le régiment de Max, revenu en Suisse après quinze ans d’absence et que sa sœur ne reconnaît pas. Grâce aux ruses du grand frère fermement décidé à devenir oncle dans les plus brefs délais, l’amour finit bien entendu par triompher à la fin de la pièce. Le retentissement de l’ouvrage fut tel qu’il donna lieu aux adaptations de Donizetti (Betly, 1836), puis de Moniuszko (Bettly, 1852).

Pleine d’entrain et de joie de vivre, la partition d’Adam permet aux chanteurs de briller dans leurs airs respectifs et surtout dans de nombreux ensembles qui tantôt rappellent un peu la verve rossinienne, tantôt annoncent Offenbach par la répétition ludique de certaines syllabes. Manifestement ravi de diriger cette musique au charme délicat, Guillaume Tourniaire galvanise l’Orchestre symphonique de Toulon, flatté par l’acoustique de la salle du Palais de Neptune, et qui sonne merveilleusement. On ne saurait cependant en dire autant des choristes, en nombre insuffisant et manquant un peu d’aplomb. Très à l’aise dans les dialogues parlés, ici considérablement réduits, les trois solistes se démarquent en outre par une diction d’une clarté parfaite. Agile jusque dans le suraigu, la soprano Jodie Devos campe une adorable Bettly, d’abord farouchement attachée à sa liberté, puis cédant avec délice à l’attrait de l’amour. Avec son timbre légèrement voilé et sa belle sensibilité musicale, Sébastien Droy est touchant en amoureux éconduit qui retrouve peu à peu goût à la vie. Doté d’un somptueux registre grave, Ugo Rabec convainc davantage dans l’évocation attendrie des « vallons de l’Helvétie » que dans les scènes légères, où l’on souhaiterait des aigus plus solides et un meilleur sens du comique. En dépit de ces quelques réserves somme toute assez menues, on tient là un enregistrement de grande qualité qui supplante aisément les anciennes versions de Jules Gressier (Malibran, 1954) et d’Albert Wolff (ORTF, 1965).

LOUIS BILODEAU