La Descente d'Orphée aux Enfers

Marc-Antoine Charpentier

le 13/12/2017

par Olivier Rouvière

Ensemble Correspondances, dir. Sébastien Daucé (2017).

Harmonia Mundi 902279. Notice en français. Distr. Harmonia Mundi.

 

Ecarté de la scène par l'hégémonie accordée à Lully, Marc-Antoine Charpentier n'a laissé qu'une tragédie lyrique en bonne et due forme, Médée (1693). Si l'échec de cette dernière le poussa à privilégier la musique religieuse, il ne s'en essaya pas moins au genre dramatique durant toute sa vie, que ce soit sous la forme d'oratorios italianisants, durant les années qui suivirent sa formation romaine, ou sous celle de « petits opéras » composés notamment pour la cour et la chambre de Marie de Lorraine, duchesse de Guise. La pastorale Actéon (1684), l'idylle en musique Les Arts florissants (1686) entrent dans cette catégorie, qui se clôt en 1687, l'année de la mort de Lully, avec La Descente d'Orphée aux Enfers (à ne pas confondre avec Orphée descendant aux Enfers, cantate soliste de 1683, notamment immortalisée par Henri Ledroit).

Cet ouvrage nous est-il parvenu complet ou Charpentier l'a-t-il laissé inachevé ? Difficile à dire. Le livret ne compte que deux actes et se termine au moment où Orphée quitte les Enfers, Eurydice sur ses talons - sur un suspense, finalement, puisque Pluton a explicitement enjoint au chanteur de ne pas se retourner... Si un doute subsiste quant à l'achèvement de la partition, nous connaissons en revanche les effectifs de la création, ceux de la troupe entretenue par Marie de Guise, qui comptait une dizaine de chanteurs (parmi lesquels le compositeur lui-même dans le rôle d'Ixion) et autant de musiciens. Charpentier a ciselé son œuvre de façon à varier sans cesse effectifs et couleurs, passant incessamment du petit au grand chœur, du solo au duo, des cordes aux vents, des voix de femmes aux voix d'hommes avec un sens aigu de la texture.

Celle-ci se voit délicatement rendue par l'Ensemble Correspondance, qui ne sacrifie jamais la rondeur des timbres à la précision, la lecture de Sébastien Daucé préservant une infinie souplesse rythmique et de belles respirations dans cette écriture encore tributaire de la sprezzatura italienne. La sonorité des trois violes accompagnant l'entrée d'Orphée aux Enfers est délectable, les ensembles de bergères, ravissants (bravo à Violaine Le Chenadec, Caroline Dangin-Bardot, Caroline Arnaud et Lucile Richardot), le Pluton de Nicolas Brooymans, imposant. Tout au plus pourra-t-on regretter un certain manque de pathos et de dramatisme (mort d'Eurydice, entrée d'Apollon), mais ce manque n'est-il pas inhérent à l'écriture pastel de Charpentier ? Plus gênante est la prestation de Robert Getchell dans le rôle-titre : s'il assume la tessiture de haute-contre, son émission apparaît trop nasale, trop plate et trop peu variée pour convaincre dans ses tirades successives de l'acte II. On restera donc fidèle à la version des Arts Florissants (Erato, 1995), avec un ardent Paul Agnew.

O.R.