La clemenza di Tito

Mozart

le 30/11/2017

Révérence

par Jean-Charles Hoffelé

Werner Hollweg (Tito), Carol Neblett (Vitellia), Tatiana Troyanos (Sesto), Anne Howells (Annio), Catherine Malfitano (Servilia), Kurt Rydl (Publio), Chor der Wiener Staatsoper, Wiener Philharmoniker, dir. James Levine (Salzbourg, Felsenreitschule, 3 août 1977).

CD Orfeo C 9381721. Distr. Harmonia Mundi.

 

Premier volet du diptyque des deux ultimes opéras de Mozart pensé d'un seul geste par Jean-Pierre Ponnelle et James Levine pour la Felsenreitschule - la Zauberflöte suivra une année plus tard, vrai spectacle de théâtre où tous les dialogues figuraient enfin, RCA l'enregistra -, cette Clemenza trouvera son prolongement dans le film tourné en playback aux Termes de Caracalla. Prolongement, mais aboutissement ? La publication trop longtemps différée de la captation du 3 août 1977 rappelle à quel point ce spectacle fulgurant redora cette Clemenza à laquelle on reprochait son seria, le plus fort étant bien que Ponnelle et Levine en confrontaient l'action classique aux fééries philosophiques et à la comédie de la Flûte sans ciller. Ce que la caméra figeait, le théâtre l'exalte, transportant une équipe de chant qui sera la même qu'au cinéma, sinon Tito - à Rome, Eric Tappy (qui, à Salzbourg, sera son Tamino), ici Werner Hollweg, en route vers les défis d'Idomeneo et qui donne à son Empereur une puissance dans la colère et un rayonnement dans le pardon qu'on ne trouvera guère ailleurs, le rôle ayant échappé aux grands ténors mozartiens (sinon au jeune Gedda, empesé par la baguette de Josef Keilberth). Si Carol Neblett peine un rien à la vocalise de Vitellia, quel théâtre dans sa voix, quel personnage ! La jeune Malfitano met un peu de pathos à sa Servilia vue et chantée plus corsée qu'à l'habitude, et pourquoi pas ? Alors que les quelques mots du Publio de Kurt Rydl, un rôle dont il ne se défera jamais, sont l'éloquence même. Au dessus de tous, le couple d'amis mezzos achève de rendre cette Clemenza historique, Tatiana Troyanos exaltant les tourments de Sesto avec ce génie de l'accent, du mot, cette voix d'ambre et d'or, et Anne Howells, si stylée, campant le plus émouvant des Annio. Soirée imparable, enfin publiée, évidemment indispensable.

J.-C.H.