Aida

Verdi

le 16/11/2017

par Chantal Cazaux

Renata Tebaldi/Sophia Loren (Aida), Ebe Stignagni/Lois Maxwell (Amnéris), Giuseppe Campora/Luciano della Marra (Radamès), Enrico Formichi (le Roi), Giulio Neri/Antonio Cassinelli (Ramfis), Gino Bechi/Afro Poli (Amonasro), Giovanna Russo (la Grande Prêtresse), Chœurs et Orch. de la RAI de Rome, dir. Giuseppe Morelli, réalisation : Clemente Fracassi (film, 1953).

DVD BelAir classiques BAC146. Pas de livret d'accompagnement. Distr. Outhere.

 

« Culte » et « misérabiliste » sont les deux mots frappants venus sous la plume de Pierre Flinois dans sa vidéographie d'Aida pour L'ASO (n° 268). Cette première édition officielle en DVD permet en effet de goûter à leur pleine mesure tant les décors artificieux de ce péplum (on est à Cinecittà, pas à Hollywood) que la fascination qu'il peut pourtant exercer - on en regrette d'autant plus l'absence de tout appareil critique. Verdi réduit (92 minutes !), Verdi trahi (un pot-pourri visuellement trop chargé) mais Verdi - en partie - suivi : qui se plaindra du plateau vocal réuni ?! Les acteurs font d'ailleurs montre d'un soin réel apporté à la synchronisation de leur élocution muette avec la bande-son : ce n'est pas si fréquent, et c'est à saluer. Margherita Walmann étant du projet, on ne se prive évidemment pas des danses d'esclaves, chorégraphiées ici d'une façon kitschissime qui vaut à elle seule le visionnage du film, tout comme la scène du Triomphe, dont le montage rapide trahit les moyens réduits (on déplace de plan en plan les figurants disponibles...). « Misérabiliste » mais « culte », donc inclassable et précieux !

Les cinéphiles apprécieront de voir la Loren passer, précisément en cette année 1953, du statut de starlette à celui de vedette - bientôt de star : outre Aida, on lui offrait aussi d'incarner la reine d'Egypte (décidément !) dans Deux nuits avec Cléopâtre de Mario Mattoli. Les psychanalystes se pencheront sur le casting qui choisit pour Radamès le jumeau caché de la belle Sophia : Luciano della Marra a exactement ses yeux félins, ses narines fines, ses lèvres ourlées et jusqu'à son menton à fossette, en version masculine... L'acteur semble hélas avoir été emmuré vivant avec son personnage : on ne lui connaît pas d'autre apparition devant la caméra après ce film. Quant à Lois Maxwell, ici Amnéris, regardez-la bien : elle sera bientôt... l'irremplaçable Miss Moneypenny de quatorze James Bond.

C.C.