Norma

Bellini

le 12/09/2017

par Jean-Charles Hoffelé

Sondra Radvanovsky (Norma), Gregory Kunde (Pollione), Raymond Aceto (Oroveso), Ekaterina Gubanova (Adalgisa), Ana Puche (Clotilde), Francisco Vas (Flavio), Chœur et Orchestre du Liceu de Barcelone, dir. Renato Palumbo, mise en scène : Kevin Newbury (Barcelone, 2015).

DVD Cmajor 737208. Distr. Distrart.

 

Voir Norma ou l'entendre ? Dilemme qui poursuit toutes les captations des mises en scène documentées au DVD. Celle de Kevin Newbury n'y échappe pas, disparue derrière l'ampleur de son unique décor où un taureau géant, métaphore gauloise du Cheval de Troie, garde perfidement la prêtresse et son peuple : au sacrifice final, il flambera. Pas une goutte de direction d'acteurs, dans cet opéra qui, à la scène, en a cruellement besoin. Mais non, chacun se débrouille comme il peut.

Alors fermez les yeux et écoutez car il y a ici un miracle, et c'est Norma. Sondra Radvanovsky avait fait sensation en prenant le rôle en 2011 sur la scène de l'Opéra d'Oviedo. La voix est ample mais sait trouver la colorature et capturer dans sa matière même l'écriture ornée des cantilènes, instrument somptueux. Mieux, le personnage s'impose, grandiose et brisé pourtant, véhément, une quasi-Médée dans ses éclats. Et cette messa di voce où passe sans affectation le souvenir de Callas, joyau qui brille au centre d'une grammaire belcantiste parfaitement maîtrisée ! Une marge de progression ? Les mots ne sonnent pas encore assez dans cet océan de sons, la vocalise pourra s'alléger - broutilles.

Ekaterina Gubanova, une Brünnhilde, ne craint nullement de se fondre ou de dialoguer avec ce timbre opulent, mais l'aigu lui est un rien délicat. Autre grande voix qui fait frémir l'air du Liceu, le Pollione de Gregory Kunde qui semble un Tristan face à son Isolde. Sondra Radvanovsky lui répond avec une passion si intense que soudain l'on se trouve vraiment dans l'excès qui fait la force singulière du chef-d'œuvre de Bellini. L'orchestre modeste du Liceu se surpasse sous la direction enflammée de Renato Palumbo qui dirige un drame historique plein d'éclat et de fureur. Soirée quasi historique pour Norma depuis que les déesses Callas, Sutherland et Caballé l'avaient abandonnée... mais à entendre plutôt qu'à voir.

J.-C.H.