La Fiancée de Messine

Fibich

le 10/08/2017

par Olivier Rouvière

Lucia Cervoni (Donna Isabella), Thomas Florio (Don Manuel), Richard Samek (Don César), Noa Danon (Beatrice), Johannes Stermann (Diego), Martin-Jan Nijhof (Kaetan), Manfred Wulfert (Bohemund), Chœur et Orchestre de l'Opéra de Magdebourg, dir. Kimbo Ishii (live, 2015).

CPO 777 981-2. Notice en anglais. Distr. DistrArt Musique.

 

Les fils de la princesse de Messine, César et Manuel, sont épris de la même femme, Béatrice, recluse dans un couvent. César tue Manuel peu avant d'apprendre que Béatrice est leur sœur, éloignée par la princesse sur la foi d'une prémonition... Ecrite en 1803 sur le modèle de la tragédie grecque, La Fiancée de Messine n'est certes pas la pièce la plus jouée de Schiller ; elle a néanmoins inspiré au moins deux opéras : La sposa di Messina de Nicola Vaccaj (1839, récemment exhumé par Naxos) et le troisième ouvrage lyrique de Fibich (1884). Passionné par le genre du « mélodrame » (récitation sur fond musical), Fibich trouve ici matière à explorer sa veine la plus « wagnérienne », optant pour un arioso continu charriant divers leitmotive et renonçant totalement aux « morceaux clos ». La facture et la luxuriante orchestration de la partition évoquent non seulement le maître de Bayreuth (qui s'éteint justement alors que Fibich attaque sa Fiancée), mais encore le Smetana de Libuse - notamment dans la célèbre Marche funèbre du dernier acte. Fibich aura par la suite tendance à revenir, comme son aîné et rival Dvorak, à une écriture plus traditionnelle et aux sujets tchèques (par exemple dans Sarka, 1897). Assez statique, avec ses longs monologues trop souvent ponctués par la harpe, La Fiancée de Messine, au disque, peut peiner à captiver. C'est pourquoi, malgré quelques accrocs, la « prise sur le vif » s'avère ici payante, incitant le chef d'origine taïwanaise Kimbo Ishii à une lecture pleine de contrastes et de théâtralité (début de l'acte III). Sans posséder la splendide personnalité de l'Orchestre du Théâtre national de Prague, enregistré en 1993 (intégrale Supraphon dirigée par Frantisek Jilek), celui de l'Opéra de Magdebourg joue magnifiquement le jeu et ses bois sont superbes. Le chœur et les solistes sont plus décevants, si on les compare à ceux de la version concurrente. Questions de timbres, surtout : difficile d'afficher des voix aussi belles et typées que celles de Benackova, Marova et Zidek alignées par Supraphon ! Si les dames se montrent ici plus vaillantes qu'émouvantes et si le baryton (Florio) apparaît trop léger, le ténor Richard Samek, à force d'engagement et malgré des couleurs passe-partout, peut se mesurer sans honte à un Zidek en fin de carrière. Une version alternative...

O.R.