Il campanello

Donizetti

le 02/04/2017

par Chantal Cazaux

Enzo Dara (Don Annibale Pistacchio), Agnes Baltsa (Serafina), Bianca Maria Casoni (Madama Rosa), Angelo Romero (Enrico), Carlo Gaifa (Spiridone), Wiener Staatsopernchor et Wiener Symphoniker, dir. Gary Bertini (1981).

CD Sony 88985389442. Synopsis en français. Pas de livret ni de présentation. Réédition. Distr. Sony.

Parmi les rééditions récemment parues chez Sony, pointons un petit opera buffa de Donizetti moins célèbre (et moins ambitieux) qu'un Elixir d'amour mais très joliment calibré et réussi.

Créé au Teatro Nuovo de Naples le 1er juin 1836, Il campanello (ou Il campanello di notte : La Sonnette de nuit) fut un grand succès. Bien que composée dans des circonstances douloureuses (Donizetti venait de perdre en peu de temps père, mère et un enfant mort-né), la partition fêtait la réouverture des théâtres napolitains après une longue épidémie de choléra. Dès l'année suivante, comme il l'avait fait pour Le convenienze ed inconvenienze teatrali, le compositeur remplaçait les dialogues parlés par des récitatifs et le dialecte napolitain d'Annibale par un italien plus susceptible de faire voyager l'ouvrage - ce qui ne manqua pas.

L'intrigue en est simple et piquante, et n'est pas sans rappeler quelques facettes du Barbier de Séville. C'est la nuit de noces du vieil Annibale avec la charmante Serafina. Elle sera ruinée par les visites intempestives du « cousin » de la belle (en fait, son ancien amant) qui, sous des déguisements successifs, détournera l'apothicaire de son devoir conjugal... En un acte, une heure bien remplie (les noces et les toasts échangés, les visites d'Enrico en Français fiévreux, en chanteur aphone puis en vieux mari éploré et bavard, enfin une explosion qui réveillera la maisonnée), le tout est plié sans temps mort ni gras superflu. Le sens buffa de Donizetti s'y déploie, comme souvent, autour d'une voix mâle et grave (après Mamma Agata et Dulcamara, c'est ici Enrico, rôle créé par Giorgio Ronconi - six ans avant Nabucco), avec quelques clins d'œil rossiniens ou... donizettiens ; la citation de l'air du Saule de Desdemona (« Assisa al piè d'un salice ») sous forme parodiée (« Assisa al piè d'un gelso », le saule étant devenu mûrier) constitue à ce titre une véritable mise en abyme du procédé, puisqu'elle rappelle la première utilisation par Donizetti de cet air rossinien, dans Le convenienze (...) de 1831.

Angelo Romero est un Enrico mordant et plein de ressources ; ses travestissements vocaux sont savoureux et la rouerie du personnage se pose sur chant agréablement versatile. Enzo Dara dessine bien le barbon impatient de croquer sa jeune épouse et déjà attendri par la kyrielle d'enfants qu'il compte avoir - basse un rien chenue mais à l'autorité toujours vigoureuse. On regrette seulement en Baltsa un timbre un peu chargé, pas vraiment « jeune fiancée » même si son entrée dans le trio final (« Da me lungi ancor ») délivre un charme réel. De bout en bout, grâce à une élocution sans faille de chacun, une direction musicale pleine d'allant (à part le continuo, dramatiquement simpliste) et une interprétation où le théâtre bouffe contamine le beau chant, on suit ces péripéties avec beaucoup d'amusement. Jusqu'à la valse finale, anticipant presque sur Don Pasquale et clôturant en beauté cet heure de légèreté bienfaisante. Une très jolie version - et la première en son temps à avoir été reprise en CD (1988). Sa réédition sera pour beaucoup l'occasion de (re)découvrir Il campanello.

C.C.