Iphigénie en Tauride

Gluck

le 02/04/2017

par Olivier Rouvière

Carol Vaness (Iphigénie), Thomas Allen (Oreste), Gösta Winbergh (Pylade), Giorgio Surian (Thoas), Sylvie Brunet (Diane), Chœurs et Orchestre de La Scala de Milan, dir. Riccardo Muti (live 1992).

CD Sony 88985389452. Notice en français, pas de livret. Réédition. Distr. Sony.

S'il est, au disque, un rôle maudit, davantage encore que celui de Lady Macbeth, c'est celui d'Iphigénie (en Tauride). Soyons clair : en ce qui concerne les intégrales, aucune titulaire du rôle ne tient la route - Crespin ayant été captée trop tard, Gorr en extraits et Callas en italien, ne restent que les pis-aller, Neway, Montague ou Delunsch. On rêva de Vaness, dont l'ample tessiture, le timbre et l'émission ardents ainsi que le port, en scène, pouvaient faire illusion. Las, l'enregistrement est sans appel : quand les voyelles affichent toutes la même couleur et que les consonnes se dérobent, ce n'est plus seulement le texte qui s'efface mais aussi la ligne et le rythme, qui en dépendent cruellement. Il suffit d'entendre Sylvie Brunet dire ET chanter « Je prends soin de ta destinée, Oreste », pour se rendre compte que la langue française est bien plus accentuée qu'on ne croit et que ce sont ces accents qui, chez Gluck, font musique. Oublions Vaness, donc, oublions un Surian débraillé et vociférant, passons pudiquement sur un orchestre et un chœur peu dignes, ne nous attardons guère à la direction néo-classique d'un Muti dont on sait qu'il aime ce répertoire mais pas de la façon qu'on voudrait (aucun contraste, une « scène de folie » marmoréenne et un rubato réservé aux fins d'acte) - que reste-t-il ? Des Oreste et Pylade qui, en scène toujours, devaient s'avérer séduisants mais, mal captés, ne convainquent qu'à moitié. Allen a prouvé, chez Gardiner, sept ans plus tôt, qu'il pouvait incarner le plus habité des Oreste : il apparaît ici probant mais bizarrement éteint, emprunté. Winbergh, dans un français tout à fait correct (sans posséder l'excellence de celui d'Allen), fait valoir son timbre étrange et une incarnation agréablement fiévreuse - mais il se heurte, lui, à la concurrence (Beuron, Aler et, surtout, Simoneau). Alors, fallait-il vraiment rééditer ce live ?...

O.R.