Catone

Haendel

le 06/03/2017

par Olivier Rouvière

Sonia Prina (Catone), Riccardo Novaro (Cesare), Roberta Invernizzi (Emilia), Kristina Hammarström (Arbace), Lucia Cirillo (Marzia), Auser Musici, dir. Carlo Ipata (2017).

CD Glossa 923511. Notice en français. Distr. Harmonia Mundi.

Panique chez les chefs baroques : le « filon Haendel » s'épuise ! Ses quelque quarante opéras et vingt-quatre oratorios ayant tous été plusieurs fois enregistrés, on a d'abord eu recours aux pasticcios de sa main - c'est-à-dire rassemblant des extraits de ses propres œuvres, comme les Oreste et Alessandro Severo gravés par Petrou. Ces derniers venant eux-mêmes à manquer, il faut aujourd'hui se rabattre sur les pasticcios assemblés par Haendel... mais ne comportant pas une note de Haendel ! Tel est le cas de ce Catone de 1732, dont seuls les brefs récitatifs sont dus au Saxon. Pour le reste, la partition fait essentiellement appel à la mise en musique de Leonardo Leo (1729) du célèbre Caton d'Utique de Métastase, ainsi qu'à des airs de Hasse, Vivaldi, Porpora et Vinci. Notons en passant qu'Haendel avait pour l'occasion simplifié le livret, en supprimant notamment le rôle ambigu de Fulvio ; et que nos interprètes ont encore un peu rogné, sans l'avouer, sur un pastiche décidément peu mémorable, qu'ils réaménagent en deux parties (au lieu de trois actes). De Leo et de Hasse, ici, rien ne nous touche : écriture trop syllabique, trop tributaire de l'écriture buffa pour le premier, galante et générique pour le second. Porpora, comme souvent, surnage : on pourra trouver son style trop chantourné, mais ses arias métaphoriques (« Non paventa del mar », « Quando piomba improvvisa ») possèdent un franc panache ! Il est vrai que ce sont celles qui résistent le mieux à la lecture lénifiante, sans relief ni accents, à l'orchestre propret et étriqué d'Ipata. Pour se convaincre de cette tiédeur, on comparera, par exemple, son interprétation du célèbre « Vo solcando un mar crudele » de Vinci avec celle, autrement expressive, d'un Fasolis (intégrale d'Artaserse de Vinci, avec Franco Fagioli). Sous cet éteignoir, des artistes tels que Roberta Invernizzi, dépassée par les éclats d'Emilia, ou Kristina Hammarström (excellente technicienne mais timbre gris) peinent à se faire valoir. D'autres tirent leur épingle du jeu sans marquer pour autant (Caton rogue de Prina, Marzia terne de Cirillo), laissant toute la place au magnifique Novaro dans un rôle (de primo uomo !) écrit pour l'électrisant Montagnana : voix mordante, accents martiaux et séducteurs, chant racé, un rien désuet et emphatique, comme il convient à César, le baryton italien sauve à lui seul l'entreprise.

O.R.