La Walkyrie

le 23/01/2017

par Jean-Charles Hoffelé

Heidi Melton (Sieglinde), Stuart Skelton (Siegmund), Falk Struckmann (Hunding), Petra Lang (Brünnhilde), Michelle De Young (Fricka), Matthias Goerne (Wotan), Sarah Castle (Waltraute), Karen Foster (Gerhilde), Katherine Broderick (Helmwige), Anna Burford (Schwertleite), Elaine McKrill (Ortlinde), Aurhelia Varak (Siegrune), Okka von der Damerau (Grimgerde), Laura Nykaïnen (Rossweisse), Orchestre Philharmonique de Hong Kong, dir. Jaap van Zweden (Hong Kong, 21 et 23 juin 2016).

CD Naxos 8660394-97. Distr. Outhere.

Un Rheingold flamboyant, à l'équipe de chant soignée et dirigé preste m'avait alerté : la grande Tétralogie du début du XXIe siècle s'enregistrait en concert à Hong Kong. Die Walküre confirme l'excellence d'un cast qui affiche le gratin du chant wagnérien, et la maîtrise - du temps, du discours, de la projection de l'action dans la musique - qu'y met Jaap van Zweden. Certains diront que l'exaltation qui emportait Karajan ou Krauss lui manque. Qu'ils écoutent simplement le III, qui se tend implacablement jusqu'à l'arrivée furieuse de Wotan. Si cela n'est pas justement savoir comment Wagner compose un crescendo émotionnel ! Dès le premier acte, le ton est donné, fier, noble, ardent. Les Wälsungen n'ont jamais été aussi proches de leurs modèles de tragédie grecque, Stuart Skelton et Heidi Melton voient la mort dans l'amour, mots tragiques, chant dardé auquel Falk Struckmann oppose un Hunding trop d'un bloc. C'est le seul bémol à noter ici. Car Petra Lang, reprenant Brünnhilde et s'y brûlant parfois, instable ici, fulminante là, rayonnante d'humanité souvent, dit tout du personnage, l'exaltant comme aucune autre aujourd'hui sinon Nina Stemme - dont la Walkyrie est de toute façon plus impérieuse. Mais il y a mieux encore : le Wotan le plus noir, le plus torturé, le plus vengeur qui ait jamais paru depuis Hans Hotter. Matthias Goerne emporte tout dans son chant d'abysse, il faut l'entendre proférer « Wo ist Brunnhilde, wo die Verbrecherin ? », dieu vengeur. Pour lui l'album est déjà indispensable, et ce troisième acte amer, acide, probablement immortel.

J.-C.H.